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Au Cambodge, la répression contre l’opposition au régime s’intensifie

Des opposants sont jugés à huis clos dans des procès organisés par le régime du Premier ministre Hun Sen qui permettent de museler l'oppostion.

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Des prisonniers arrivant dans un camion au tribunal municipal de Phnom Penh (15 janvier 2021).
Des prisonniers arrivant dans un camion au tribunal municipal de Phnom Penh (15 janvier 2021). (TANG CHHIN SOTHY / AFP)

Vendredi 15 janvier,  c’est un dirigeant syndical qui a comparu devant un tribunal de Phnom Pen pour "incitation aux troubles sociaux". Au total 150 opposants sont jugés à huis clos depuis le mois de novembre.

Ces procès à la chaîne permettent de museler toute forme d’opposition à l’homme fort du Cambodge -l’indéboulonnable premier ministre et ancien combattant khmer rouge Hun Sen- qui totalise 36 années à la tête du gouvernement. Pour asseoir son pouvoir, Hun Sen a largement permis à sa famille et à son clan de s’installer à la tête des institutions et de se partager l’économie cambodgienne, dont il concède également des pans entiers à son allié chinois. Cet ancien communiste radical converti au libéralisme dirige son pays d’une main de fer, sans laisser le moindre espace politique à ses détracteurs. 

Tuer dans l’œuf la contestation 

Parmi les 150 opposants dont le procès a repris jeudi 14 janvier à Phnom Pen, beaucoup appartenaient à une formation d’opposition aujourd’hui dissoute, le Parti du Salut National du Cambodge, qui s’était fait une place aux législatives en 2013 en remportant 45 % des voix. Insupportable pour le premier ministre Hun Sen dont le parti occupe désormais la totalité des sièges au Parlement cambodgien, à la suite des élections en 2018, scrutin contesté par les États-Unis et l’Union Européenne. Et si ces procès d’opposants ont lieu en ce moment c’est parce que le fondateur de ce parti d’opposition Sam Rainsy (aujourd’hui en exil en France) a tenté sans succès de rentrer au Cambodge en 2019. Ses partisans qui ont soutenu sur les réseaux sociaux cette tentative de retour sont aujourd’hui menacés par l’institution judiciaire cambodgienne. Certains d’entre eux risquent 30 ans de prison, d’autres qui craignent d’être arrêtés ont fui le pays et sont jugés en leur absence. 

La répression frappe tous les adversaires 

Le dirigeant syndical Rong Chhun est jugé aujourd’hui pour avoir accusé le régime d’irrégularités à la frontière du Cambodge et du Vietnam. Les opposants soupçonnent le dirigeant cambodgien d’instrumentaliser des incidents de frontière pour entretenir un sentiment nationaliste qui lui serait favorable. Un autre dissident Kem Sokha -co-fondateur du Parti du Salut National Cambodgien- est lui visé par une procédure pour trahison. Son procès s’était ouvert il y a un an. Les audiences avaient été reportées, officiellement en raison de l’épidémie de Covid.

Des prisonniers arrivant dans un camion au tribunal municipal de Phnom Penh (15 janvier 2021).
Des prisonniers arrivant dans un camion au tribunal municipal de Phnom Penh (15 janvier 2021). (TANG CHHIN SOTHY / AFP)