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Au Bangladesh, les auteurs de viols sont désormais passibles de la peine de mort

C'est la conséquence d'une série de manifestations qui ont secoué ce pays de 168 millions d'habitants, où plus de 200 viols collectifs ont été commis depuis le début de l'année.

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Des étudiantes tiennent des pancartes à côté d\'un pneu en feu alors qu\'elles bloquent une route lors d\'une manifestation contre le viol et la torture d\'une femme à Dhaka (Bangladesh) le 21 octobre 2020.
Des étudiantes tiennent des pancartes à côté d'un pneu en feu alors qu'elles bloquent une route lors d'une manifestation contre le viol et la torture d'une femme à Dhaka (Bangladesh) le 21 octobre 2020. (MUNIR UZ ZAMAN / AFP)

C'est une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux qui a déclenché une vague d'indignation dans tout le pays au début du mois d'octobre. On y voyait plusieurs hommes déshabillant une jeune femme issue d'une communauté défavorisée et l'attaquant. La semaine précédant cet événement, plusieurs membres de l'aile étudiante du parti au pouvoir, la ligue Awami, avaient été arrêtés. Ils étaient accusés du viol collectif d'une femme dans une ville du nord du Bangladesh.

Il faut savoir que violer une femme dans ce pays, où près de 24 millions d'habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour, est hélas courant. On dénombre près d'un millier de cas sur les neuf premiers mois de l'année dont 208 viols collectifs. Or, seulement 3% des affaires de viols donnent lieu à des condamnations, selon des estimations. Une culture de l'impunité contre laquelle la population s'est opposée en descendant dans les rues de la capitale Dacca et réclamant la démission de la cheffe du gouvernement Sheikh Hasina qui a fini par signer le décret rendant le viol passible de la peine capitale le 13 octobre.

Cinq hommes condamnés pour le viol d'une adolescente

Trois jours après la publication de ce décret, un tribunal spécial de Dacca a condamné à mort cinq hommes pour le viol d'une adolescente commis en 2012. Son petit ami l'avait entraînée près d'une rivière et avait abusé d'elle avec ses amis. Tous ont été reconnus coupables et risquent donc la peine capitale, à savoir la pendaison.

Jusqu'à présent, le viol était passible de la prison à vie. Mais rares sont les auteurs de violence sexuelle qui sont jugés pour la simple et bonne raison que les femmes victimes de viols n'osent pas porter plainte. Et quand elles le font, une petite proportion seulement obtient justice, selon les militants des droits des femmes.

Un décret qui ne fait pas l'unanimité

Mais instaurer la peine de mort pour les auteurs de viols ne fait pas l'unanimité, loin de là. Amnesty International a réagi dans la foulée de la parution du décret : pour l'ONG, les autorités du Bangladesh devraient plutôt faire en sorte que les femmes et les jeunes filles soient protégées et qu'elles puissent aller dénoncer sans crainte les crimes qu'elles ont subis.

La Haut-Commissaire de l'ONU aux Droits de l'Homme a quant à elle estimé que la peine capitale n'aura pas d'effet dissuasif et qu'il vaudrait mieux rendre justice aux victimes. Michelle Bachelet a fait référence à d'autres pays comme l'Inde, le Pakistan ou le Nigeria, où se sont produits également une série de viols ces dernières semaines. "Il est prouvé que la certitude de la peine plutôt que sa sévérité dissuade le crime", a-t-elle souligné.

Des étudiantes tiennent des pancartes à côté d\'un pneu en feu alors qu\'elles bloquent une route lors d\'une manifestation contre le viol et la torture d\'une femme à Dhaka (Bangladesh) le 21 octobre 2020.
Des étudiantes tiennent des pancartes à côté d'un pneu en feu alors qu'elles bloquent une route lors d'une manifestation contre le viol et la torture d'une femme à Dhaka (Bangladesh) le 21 octobre 2020. (MUNIR UZ ZAMAN / AFP)