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Affrontements dans les îles grecques autour de la construction de nouveaux camps de migrants

Dans ces îles situées tout près de la Turquie, la tension grimpe de jour en jour, face à la volonté du gouvernement grec d’y construire de nouveaux camps d’accueil pour les réfugiés.

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Lors de manifestations contre la construction d\'un nouveau camp de migrants controversé près de la ville de Mantamados sur l\'île de Lesbos, le 26 février 2020.
Lors de manifestations contre la construction d'un nouveau camp de migrants controversé près de la ville de Mantamados sur l'île de Lesbos, le 26 février 2020. (ARIS MESSINIS / AFP)

Pour le 4e jour consécutif, des milliers d’habitants des îles de Lesbos et de Chios manifestent jeudi 27 février. Une grève générale paralyse les deux îles. Tous les commerces sont fermés et de nombreuses routes sont coupées pour s’opposer à l’édification de ces nouveaux camps d'accueil pour les réfugiés. Depuis le lundi 24 février, il y a même eu des affrontements violents entre manifestants et forces de l’ordre. Au final, plus de 60 blessés, essentiellement parmi les policiers anti-émeutes, victimes de jets de pierre. À Lesbos, des manifestants ont même essayé d’entrer dans une caserne. Et à Chios, un groupe d’émeutiers a fait irruption dans un hôtel où sont logés des policiers, en cherchant à tabasser ces derniers.

La tentative du gouvernement conservateur grec d’imposer la construction de ces nouveaux centres d’accueil par la force a mis le feu aux poudres. Il a fait débarquer par bateau, sans avertissement dans la nuit du 23 au 24 février, du matériel de terrassement et de construction, et des forces anti-émeute pour protéger les convois. En fait, il y a depuis plusieurs semaines, des négociations entre le pouvoir central et les élus locaux pour essayer de trouver un compromis sur l’édification de ces nouveaux centres. Mais ces discussions sont dans l’impasse. 

40 000 réfugiés pour 6 000 places

En même temps, il va bien falloir trouver une solution. On est loin du pic de 2015 où 850 000 migrants étaient arrivés en Grèce mais le flux migratoire a repris vers les îles grecques. Depuis le 1er janvier, on compte 5 000 arrivées, essentiellement des Afghans et des Syriens, dans les îles de Lesbos, Chios, et aussi Kos ou Leros, toutes situées à quelques encablures de la côte turque. C’est désormais la principale porte d’entrée migratoire vers l’Europe, via la Méditerranée. Avec d’ailleurs des victimes lors de la traversée : 38 morts au large des côtes turques depuis le début de cette année.

Certains jours l’an dernier, on a compté plus de 500 arrivées en 24 heures. Les structures d’accueil sont totalement débordées avec 40 000 migrants pour 6 000 places. Un taux d’occupation de 700%. Il y a 19 000 personnes rien que dans le camp de Moria sur Lesbos, prévu pour accueillir 3 000 réfugiés. Au final, les conditions de vie sont sordides avec des tentes de fortune, dans le froid, dans la boue et des sanitaires très insuffisants. Beaucoup de femmes et d’enfants y vivent, les ONG sont très inquiètes.

Les îles contre le continent

Ces îles sont assez petites, 150 000 habitants au total. Donc, évidemment 40 000 migrants cela fait beaucoup. En fait, les habitants ne veulent pas servir de sas en étant des zones de transit pour les migrants. Ils estiment que construire de nouveaux centres sur les îles n’est pas la solution, parce que ce sera un appel d’air pour d’autres migrants venus de Turquie. On sait que 3,5 millions de Syriens sont réfugiés en Turquie. Les habitants et les élus souhaitent en fait le transfert de ces migrants vers la Grèce continentale. Le gouvernement de droite à Athènes refuse d’où l’impasse.

Lors de manifestations contre la construction d\'un nouveau camp de migrants controversé près de la ville de Mantamados sur l\'île de Lesbos, le 26 février 2020.
Lors de manifestations contre la construction d'un nouveau camp de migrants controversé près de la ville de Mantamados sur l'île de Lesbos, le 26 février 2020. (ARIS MESSINIS / AFP)