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A Tokyo, les poissons changent de marché

C'est un événement au Japon : l'ouverture ce jeudi du nouveau marché aux poissons, le plus grand au monde, à Toyosu. Il succède au vieux marché de Tsukiji et c'est aussi une transformation culturelle qui a valeur de symbole.

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Le marché aux poissons de Tsukiji quelques heures avant sa fermeture.
Le marché aux poissons de Tsukiji quelques heures avant sa fermeture. (NICOLAS DATICHE / AFP)

Dans la nuit de mercredi à jeudi va donc s’ouvrir pour la première fois le marché de Toyosu. C’est le tout nouveau marché aux poissons de Tokyo: plus de 40 hectares, c’est plus grand que le Vatican, l’équivalent de plus de 50 stades de football. Et au Japon, c’est un événement. Pourquoi ? Parce que Toyosu, tout flambant neuf, prend la relève d’un lieu historique : le marché de Tsukiji, peut-être l’endroit le plus célèbre de Tokyo, le vieux marché aux poissons qui officiait depuis plus de 80 ans.   Il a fermé samedi dernier. Et depuis dimanche s’est déroulée une étrange procession : le transfert des 900 entreprises du marché, de Tsukiji à Toyosu 2 kms plus loin.

Les images sont étonnantes: sur une bretelle d’autoroute en construction, le défilé de 2 600 chariots élévateurs, à la queue leu-leu, suivi par 5300 semi-remorques pour tout déplacer. Sans doute l’un des plus grands déménagements de l’Histoire en si peu de temps ! Tsukiji était, et Toyosu sera, le plus grand marché aux poissons au monde : 500 produits de la mer différents, 3000 tonnes de marchandise chaque jour, 42.000 personnes sur site, 15 millions d’euros de recette quotidienne. 

Des rats par dizaines de milliers

 

C'était un vieux projet. Il a fallu près de 20 ans pour qu’il aboutisse. Tsukiji était devenu trop petit. Et surtout c’était insalubre : accès ouvert aux 4 vents, avec un sérieux problème d’hygiène. En particulier les rats : des dizaines de milliers selon les estimations, qui vivaient des restes de nourriture. Et c’est l’autre grande opération conduite depuis dimanche, en plus du déménagement : les autorités japonaises ont mis en place de gigantesques pièges à rat partout à Tsukiji. Parce que les rongeurs vont forcément sortir, vu qu’il n’y a plus rien à manger. Barrières en acier, tôles imprégnées de glue, pièges empoisonnés, un véritable arsenal. Et le problème c’est que Tsukiji est situé à proximité du quartier touristique et plutôt luxueux de Ginza : les commerçants du quartier ne sont donc pas très rassurés…

Un art de vivre séculaire

 

Ce transfert ne relève pas uniquement de l’anecdote pour les Japonais. Le Japon, on le mesure mal vu d’ici, entretient une relation très particulière à la pêche et aux poissons : c’est bien plus qu’un aliment, c’est un fait culturel. Toucher le poisson, le préparer, le déguster ; c’est un art. Pour de nombreux habitants de Tokyo, c’est donc une atteinte à une culture séculaire. Samedi dernier, pour la fermeture de Tsukiji, il y a même eu une manifestation pour protester contre le transfert. Ca rappelle un peu la fermeture il y a 50 ans, à Paris, des Halles de Saint Eustache, l’ancien « Ventre de Paris », cher à Emile Zola. Parce que le nouveau marché, à Toyosu, est un lieu fermé, aseptisé. Il ne reste que l’activité commerciale, fini la culture. On a le droit d’y voir un symbole.    

Le marché aux poissons de Tsukiji quelques heures avant sa fermeture.
Le marché aux poissons de Tsukiji quelques heures avant sa fermeture. (NICOLAS DATICHE / AFP)