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Relations économiques franco turques : rien ne va plus

Retour sur la brouille entre la France et la Turquie après l'adoption hier à l'Assemblée nationale d'une proposition de loi pénalisant la contestation de tout génocide, dont celui des arméniens en 1915. Faut-il s'inquiéter des conséquences économiques de cette mésentente avec Paris ?

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Sur le plan historique et intellectuel, nier le génocide arménien serait pire encore que de se voiler la face. Mais le fait que Paris ait décidé de porter cette affaire devant la représentation nationale apparaît comme une grossière erreur tactique. Sur le plan diplomatique bien sûr mais aussi sur le plan économique. Les deux aspects sont toujours imbriqués quand des différents naissent entre deux pays. Les relations entre Paris et Ankara s'étaient déjà dégradées après l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy hostile à l'intégration de la Turquie dans l'Union européenne, mais les relations commerciales n'en avaient pas souffert. Aujourd'hui, la coupe est pleine aux yeux d'Ankara. Comme elle appartient à l'Organisation Mondiale du Commerce et a signé des traités de coopération avec l'Europe, la Turquie ne peut pas boycotter proprement dit les produits français mais les entreprises tricolores implantées sur les rives du Bosphore peuvent craindre pour leurs gros contrats. Dans ce contexte tendu depuis 2007, le groupe nucléaire AREVA a déjà été exclu pour la construction de deux centrales au profit des russes et les coréens.

Qu'en est-il concrètement des relations commerciales entre les deux pays aujourd'hui ?

La France est le troisième investisseur étranger en Turquie, nous échangeons commercialement pour 12 milliards d'euros. Environ 1 millier d'entreprises françaises sont implantées en Turquie. Elles emploient quelque 100.000 autochtones et sont présentes dans des secteurs aussi différents que les infrastructures de transports, le traitement des déchets et des eaux. Autant de secteurs dans lesquels la France possède une réelle valeur ajoutée. Des groupes comme CARREFOUR, ALSTOM, LAFARGE, RENAULT et PSA, mais aussi la banque DEXIA, sont présents en Turquie qui connaît une croissance économique insolente (sur les 9 derniers mois, le Produit Intérieur Brut turque a progressé de près de 10%).

Existe-t-il quand-même une porte de sortie capable de réchauffer les relations ?

La première option est la voie parlementaire. La proposition de loi n'est pas encore passée devant le Sénat, après quoi, elle reviendra devant les députés pour adoption définitive. Mais, même si elle est divisée en son sein, on voit mal l'actuelle majorité faire marche arrière à quelques mois de l'élection présidentielle... les 500.000 arméniens de France représentent un bon vivier électoral. Il faut laisser jouer le calendrier qui, de toute évidence, ne permettra pas une adoption avant la fin de la législature. Ensuite, contrairement à Ankara qui a rappelé son Ambassadeur en poste à Paris, la France maintient le sien dans la capitale politique turque. Un ressort est bel et bien cassé. Recoller les morceaux va prendre du temps.

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