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"La bonne finance" selon Michel Sapin

Le ministre de l'économie, a eu cette sortie ce dimanche, à Aix-en-Provence, lors des 14e Rencontres économiques : "Notre amie, c'est la finance... la bonne finance". Une phrase qui pourrait annoncer un changement de cap.

(Michel Sapin s'exprimait ce dimanche à Aix-en-Provence (ici avec Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes) © MERCIER/PHOTOPQR/LA PROVENCE)

 Les Rencontres économiques d’Aix-en-Provence sont chaque année le lieu où les déclarations laissent des traces. Il y a deux ans, Louis Gallois lançait l’idée du Pacte de responsabilité... On connaît la suite. L’an dernier, les médias relayaient la charge du président-directeur général de Saint-Gobain contre le programme économique du gouvernement. Devant Pierre Moscovici, ministre de l’Economie de l’époque, Pierre-André de Chalendar dénonçait «  la politique de zigzag » de l’équipe en place. Cette année, la déclaration du week-end revient donc au nouveau locataire de Bercy.

Le contexte

Michel Sapin était invité par le Cercle des économistes à s’exprimer sur la politique d’investissement dans la mondialisation. Réguler la finance de l’ombre et la mettre au service d’une dépense publique tournée vers l’investissement. Voilà, en résumé, le projet du ministre qui a ensuite précisé sa pensée. Dans la continuité de la réforme de l’administration territoriale par exemple, il veut utiliser l’investissement public à bon escient ; souhaite lancer un programme d’investissement public européen dédié aux grandes infrastructures d’énergie, de transports et de logements.

Seulement voilà : investir dans l’économie réelle nécessite des moyens. En période de disette budgétaire, le nerf de la guerre, Michel Sapin veut aller le chercher là où il est – notamment chez les financiers – mais pas à n’importe quel prix. Il faut réguler le secteur bancaire, mais de manière pragmatique, pour éviter notamment que cette régulation ne freine le crédit aux PME et PMI. "Les grandes entreprises ont la capacité de chercher des financements selon leurs besoins et les autres ont plus de mal à cause de la régulation bancaire. Soyons amis avec notre ennemi !"  Voilà le fin mot de l’histoire de cette petite phrase qui, sortie peut-être trop vite de son contexte, a suscité tant d’émoi.

Une phrase tout sauf anodine

D’autant moins à l’heure où le gouvernement est vivement critiqué pour sa politique économique, tant par l’opposition qu’au sein même de son propre camp, par la gauche de la gauche. Rien d’anodin non plus à la veille de l’ouverture de la conférence sociale. Le message est double : adressé d’un côté aux syndicats (ne négligez pas certains partenaires utiles), de l’autre côté, au patronat (travaillons ensemble, de manière intelligente, pour l’avenir du pays). Message habile mais dérangeant. On ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs.

Recadrage

François Hollande, pendant la campagne pour la présidentielle, on s’en souvient, avait présenté la finance comme son « adversaire ». C’est donc un « recadrage » certains. Non pas du Président de la République mais de la philosophie générale ! Faut-il y voir une de ces positions personnelles que Michel Sapin affectionne – au risque de détonner dans le discours ambiant – ou un changement de braquet, un changement de logiciel dans la gestion des affaires ? Pour l’instant, ce ne sont que des mots. Les investisseurs et entrepreneurs, eux, attendent les actes concrets.

(Michel Sapin s'exprimait ce dimanche à Aix-en-Provence (ici avec Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes) © MERCIER/PHOTOPQR/LA PROVENCE)