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Déflation : une baisse des prix pas si vertueuse

Le sujet est évoqué de plus en plus souvent : l'Europe en général, la France en particulier, sont-elles menacées par une baisse générale des prix – ce que l'on appelle la déflation ? Faut-il s’en inquiéter ?

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Il convient surtout de rester prudent. Avec la déflation, nous sommes au cœur de la problématique de la confiance dont notre économie manque cruellement aujourd’hui pour redémarrer. La déflation c’est un argument à la fois économique et de communication dont il faut user avec beaucoup de précaution. Le sujet était au programme d’une rencontre entre le président de la République, François Hollande, et celui de la Banque Centrale Européenne, Mario Draghi, lundi après-midi à l’Elysée.

 

Concrètement, qu’est-ce que la déflation ?

 

La déflation, c’est quand les prix commencent à baisser de manière importante, persistante et durable, notamment faute de croissance. C'est ce que l'on constate avec les chiffres d'inflation, un des indicateurs de notre pouvoir d'achat. Les économistes alertent car on sait qu'une inflation inférieure à 1% est un seuil de basculement très risqué dans la déflation officielle.

 

Où en est-on aujourd’hui ?

 

Le seuil est largement enfoncé : on est passé en dessous de 1% il y a presque un an (en octobre 2013).  Regardez la chute en zone euro : en décembre 2012 nous étions à 2% d’inflation. En août 2014 (le mois dernier) en zone euro, l’inflation était d’un petit 0.3%.

 

Pourquoi est-ce un problème ? Quand les prix baissent, c'est plutôt bien pour les consommateurs !

 

C'est vrai. Mais en réalité, cette baisse est source de ralentissement économique. La déflation est ce que l’on appelle un phénomène ‘’auto-réalisateur’’ : il conditionne les esprits et les actes. Suivez l'enchaînement : face à des prix qui reculent, le consommateur - c'est naturel - se dit : si ça baisse aujourd'hui, ça va encore plus baisser demain... donc, j'attends un peu pour consommer, je renvoie à plus tard l'achat de ma voiture, par exemple.

Une consommation ainsi différée fait baisser (voire chuter dans certains cas) les commandes aux entreprises qui réduisent leur production, baissent les salaires ou licencient purement et simplement. C'est la spirale infernale, le cercle vicieux.

 

Que faire pour inverser cette spirale ?

 

Il n’y a pas 36 solutions. Il faut cesser d’agiter le chiffon rouge. Politiquement, invoquer sans cesse le risque de déflation n’est pas habile du tout pour les raisons évoquées ci-dessus. Plutôt que de jouer sur la peur, il faut agir en relançant la demande. Donner plus de moyens aux français et aux européens pour consommer, cela sera l’objet des sommets qui se tiendront à l’automne à Bruxelles sur l’investissement, l’emploi et la croissance. En clair : avoir une politique concertée de reprise.

Il est aussi possible d’adapter les politiques monétaires en jouant sur les taux d’intérêt ou en aidant directement les Etats financièrement. A ce titre, une importante réunion de la BCE se tient jeudi 4 septembre. Affaire à suivre.

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