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Déficit public de la France : Bruxelles remue le couteau dans la plaie

Pierre Moscovici est en désaccord avec Bruxelles. Le ministre de l'Economie réagit aux dernières prévisions économiques de la Commission européenne. Il faut dire que l'Europe remue de nouveau le couteau dans la plaie

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En publiant hier ses
prévisions d'hiver, elle a énervé Bercy. La France affichera cette année un
déficit public équivalent à 4% de notre richesse nationale (4% du PIB). Non
seulement cela sera supérieur à la moyenne nationale, mais, en plus, cela
rendra très difficile le retour aux 3% promis pour l'an prochain. Paris s'y
était engagé en mai 2013 en obtenant un délai de grâce de la part de l'Europe. Bruxelles
n'y croit toujours pas. On comprend l'agacement de Pierre Moscovici car le
premier message est accompagné d'un second, guère plus réjouissant : le
taux de chômage devrait se maintenir à 11% en 2014 et 2015. Donc, envolée la
perspective d'inverser la courbe.

Bruxelles constate mais
explique-t-elle, au moins, ses prévisions ?

A considérer que les
fonctionnaires de la Commission ne se trompent pas dans leurs pronostics, il
ressort clairement que Paris n'a pas mis à profit la reprise qui s'est amorcée
en Europe. Le message apparaît en creux : la France n'a pas
utilisé toutes ses ressources pour augmenter son potentiel de croissance. En ce mois de février
2014, où en est le plan d'application des réformes promises en mai 2013 ?  La réforme des retraites est passée, mais
dans sa version a minima (critiquée par la droite, comme par la gauche) ;
le CICE a été lancé, mais sa complexité a eu raison d'un décollage rapide et
les premiers effets se feront sentir uniquement l'an prochain ; le pacte
de responsabilité et les économies publiques, on a les chiffres (entre 30 et 50
milliards au bas mot), mais on ne sait toujours pas comment on va articuler
l'ensemble. La réforme des collectivités locales ? Ca vient, ça vient...
mais ça patine.

Donc, Paris va devoir
de nouveau convaincre Bruxelles de sa volonté d'aboutir

Oui, mais le
calendrier devient très serré. Nous sommes en février et la Commission
européenne fera ses recommandations officielles, pays par pays, au mois de juin
(c'est à dire qu'elle dira aux Etats membres les points qu'ils doivent
absolument appliquer pour rester dans les clous budgétaires avant de possibles
sanctions). Paris n'a donc plus que quelques semaines, et nous sommes en pleine
campagne pour les élections municipales. Dans ces conditions, comment expliquer
que la France n'a pas fini de manger son pain noir ? L'économie victime du
calendrier électoral, un comble.

Au-delà de ces
considérations, est-il possible d'obtenir une nouvelle clémence de la part de
Bruxelles ?

Non. Pierre Moscovici
insiste : Paris ne demande aucun délai supplémentaire. Ca n'est pas souhaitable
car cela remettrait à demain les efforts à faire dès aujourd'hui, et ne ferait
que nous discréditer encore un peu plus. Et puis l'Allemagne
ne laisserait pas faire. Berlin dénonce le laxisme du commissaire européen aux
Affaires économiques, Oli Rein. Dans les coulisses du dernier Conseil européen
de décembre, la Chancelière Angela MERKEL aurait estimé que les délais accordés
aux Etats frôlaient désormais la violation des traités. Ambiance. Le printemps
s'annonce déjà très chaud.

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