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A quand un Grenelle de la Sécurité sociale ?

Le chiffre a été dévoilé hier par Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé : près de 12 milliards d’euros de déficit, c'est 3 milliards de plus que l’an dernier. C’est la maladie et la retraite qui pèsent les plus sur les comptes. Le gouvernement va décider d’une batterie de mesures pour redresser les comptes. François Fillon avait parlé vendredi d’un Etat en faillite, avant de faire marche arrière. Risque-t-on d’avoir une sécurité sociale en faillite ?

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Certainement pas. Pour la sécu, l’emploi du mot faillite serait encore plus exagéré. Les 12 milliards que vous citez sont à rapporter aux 400 milliards de dépenses sociales. L’Etat c’est un peu moins de dépenses mais trois fois plus de déficit. La sécurité sociale continue de rembourser les soins, les retraites sont versées. Mais ce qui inquiète, c’est l’accumulation des déficits d’années en années malgré la succession des plans pour les résorber. On a beau coller rustines sur rustines, les fuites sont toujours là. Les mesures Douste-Blazy n’ont pas produit les effets promis. Et on a le sentiment que ce qui va être annoncé aujourd’hui se situe toujours dans la même logique. D’abord des mesures pour réduire les dépenses. Les nouvelles franchises médicales – habillées en contributions à la lutte contre le cancer et la maladie d’Alzheimer – devraient permettre d’économiser 850 millions d’euros. Et puis des recettes, c’est-à-dire des impôts nouveaux : on insiste sur la taxation des préretraites, qui devrait rapporter 500 millions d’euros. Celle des stock options, voire des tickets restaurants ou des produits de grignotage comme les barres chocolatées sont à l’étude. Ca va faire grincer des dents et surtout ça ne suffira pas à rétablir l’équilibre car la montée des dépenses de santé est inexorable du fait de l’allongement de la vie, de technologies médicales et des nouveaux médicaments de plus en plus chers.

Est-ce que ça veut dire qu’on ne peut rien faire ? Y a-t-il des solutions durables ?

Il y a en tout cas un débat à ouvrir : il ne l’a pas été pendant la campagne électorale. Est-ce qu’on ne va pas peu à peu séparer ce qui relève de la solidarité nationale avec la sécurité sociale et ce qui pourrait être financé sous forme d’assurance ou d’épargne individuelle ? Les assureurs et les mutuelles sont déjà consultés par le ministère de la santé sur la prise en charge des remboursements dentaires, de l’optique et des dépassements d’honoraire en ville ou à l’hôpital. Le risque, bien sûr, c’est d’avoir une santé à deux vitesses. Mais plutôt que de la voir s’installer sans qu’on le dise, autant mettre les choses sur la table. Pourquoi pas un Grenelle de la Santé, puisqu’il y a un Grenelle de l’Environnement ? La sécurité sociale n’est pas menacée en tant que telle. Mais la couverture généreuse et collective risque, elle, d’être remise en cause.

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