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Si j’étais... Jacques Chirac

Et si l'hospitalisation de Jacques Chirac n'était qu'une fuite ? L'ancien président pourrait ainsi échapper à son épouse, sa résidence où il s'ennuyait... Karl Zéro s'est mis dans la peau de l'ancien président de la République.

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Jacques Chirac à Saint Tropez le 14 août 2011.
Jacques Chirac à Saint Tropez le 14 août 2011. (SEBASTIEN NOGIER / AFP)

Si j’étais Jacques Chirac, je serais bien content d’être parvenu à m’enfuir d’Agadir, au Maroc, où Bernadette avait jugé bon de me faire enfermer depuis des semaines. Sa Majesté, le très télévisuel M6, lui avait passé un de ses innombrables palais, une enfilade de pièces désertes, le genre sinistre, marbre et lustres, et surtout glacial à cause de la climatisation, d’où mon infection pulmonaire. Je vous dirais que j’ai tout fait pour l’attraper, cette infection, afin de hâter mon retour parmi vous. C’était le seul moyen de revenir en France. Afin de pousser un cri d’alarme !

Si j’étais Jacques Chirac, je vous dirais qu’à l’heure où mes héritiers putatifs, ces incapables, ces gagne-petits, ces demi-portions, s’apprêtent à se livrer une bataille dérisoire, je refuse de me taire ! C’est en effet la première primaire que va connaître la droite, une honte si l’on songe au retour du Général en 1958, ou à la façon dont j’ai créé le RPR en 1976. Vous croyez que le Général se serait abaissé à participer à une primaire ? Contre qui ? Lecanuet ?

Et avec Balladur en 1995, on a fait une primaire peut-être ? Non, je l’ai plié, le Turc ! Je lui ai fait bouffer son goitre ! Le gaullisme, à vrai dire, plus personne ne s’en souvient mais c’est un peu le contraire de la démocratie, le gaullisme c’est : "Tous derrière et moi devant", comme le petit cheval blanc !

Et je devrais assister impuissant à ce terrible gâchis d’une primaire au sein de l’UDR ? Je devrais me taire ? Oh je sais, c’est ce que pense Bernadette, elle me l’a dit publiquement dans un restaurant, récemment : "Tais-toi !" (certaines gazettes se sont empressés de rapporter la phrase complète : "Tais toi, t’es vieux, mange ta soupe !") Eh oui ! C’est ainsi que désormais mon épouse s’adresse à moi. Tout ça parce que je l’avais un peu taquinée :  "Dis donc, Bobonne, tu aurais pu aller chez le coiffeur au lieu de te promener tout l’après-midi !" "Bobonne", elle n’aime pas. Que je la tutoie non plus. C’est pour cela qu’elle fait courir le bruit que j’aurais perdu la boule. C’est un peu facile. Il suffirait de ne pas être d’accord avec elle pour se retrouver catalogué gâteux ?

Bernadette perd-elle la tête ?

Pourtant, franchement, depuis que je ne suis plus président, c’est exactement le contraire qui s’est produit. J’ai recouvré l’ensemble de mes facultés mentales, j’y vois plus clair que jamais ! Que Bernadette –dont je commence à mon tour de douter du parfait équilibre psychique– soutienne pour la troisième fois le traître Sarkozy, grand bien lui fasse ! Mais qu’elle ne force pas à faire de même !

En 2012, j’avais choisi Hollande, le Corrézien d’adoption, comme moi. Je sentais chez lui une admirable, une imparable force d’inertie, de celle qui font les très grands présidents. Il ne m’a pas déçu.

Cette fois-ci, malgré les appels du pied de ceux dont j’ai fait la carrière, à commencer par ce pauvre Juppé –qui croit que je n’ai rien d’autres à faire que d’écouter ses discours lénifiants sur YouTube– mon choix est fait. J’y viens, un peu de patience. Juppé, j’ai lu son dernier livre : il a une certaine plume, c’est indéniable. On sent le normalien, je cite le passage où il parle de moi, il écrit : "J’étais dans son sillage comme un rémora collé au flanc d’un requin…"  Un rémora ?  Qu’est ce que c’est ? Le verlan pour rat-mort ? J’ai vérifié, c’est un poisson-ventouse. Ça lui va bien.

Si j’étais Jacques Chirac, je vais vous dire :  je vous appellerais à voter Macron. Primo, parce qu’il a mis ses bureaux  de campagne dans la Tour Montparnasse, comme moi en 1976 : démarche moderne, futuriste, en un mot pompidolienne. Et secundo parce que, par bien des côtés, il me rappelle moi, dans mes jeunes années : le petit con, pressé de réussir, qui ne croit qu’en lui, qui vendrait sa mère à un cirque, et le cirque à la Goldman Sachs du moment qu’on lui donne un hochet.

Jacques Chirac à Saint Tropez le 14 août 2011.
Jacques Chirac à Saint Tropez le 14 août 2011. (SEBASTIEN NOGIER / AFP)