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Si j'étais... François Fillon

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Mis en examen et en baisse dans les sondages d'intention de vote, François Fillon continue sa campagne en annonçant sa victoire. Karl Zéro s'est glissé dans sa peau. 

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Radio France
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François Fillon lors d'un meeting samedi 1er avril en Corse  (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

Si j’étais François Fillon, avant d’aller subir en direct sur RMC les abominables coups de boutoir du si populaire -et parfois si populiste- Bourdin, j’aurais fait un détour par franceinfo ce matin, car je vous sais plus nuancée. J’espère que vous serez à même de comprendre ce que j’ai à vous dire. Je vous demande de ne pas me juger.

Vous avez constaté que contre toute attente, y compris la mienne, je ne me suis pas effondré. Touché, oui, mais pas coulé. Touchez-moi pour vérifier. Non, s’il vous plait, pas là. Oui, je suis bien vivant ! Peut-être, sans doute même plus qu’avant ! Les mois de cauchemar que je viens de subir m’ont madré, rendu insensible à la douleur, et plus dur que l’acier. Ils m’ont même donné une certaine forme de philosophie positive. Pensez que j’ai souri, mardi dernier ! C’était, bien sur, en lisant les "Si j’étais" de Karl Zéro, que franceinfo a eu la bonne idée de sortir en livre. Mais je m’égare… Stoïque, j’ai enduré sans broncher les flammes de l’inquisition, celles d’une justice de carnaval aux ordres de la Hollandie. Le napalm journalistique m’a consumé, m’empêchant de faire campagne, alimenté qu’il a été en fuel par le cabinet noir, jamais à court de nouvelles calomnies.

De 34 à 17% d'intentions de vote 

Au début, nous en pleurions chaque soir avec Pénélope et les enfants, mais maintenant nous en rions. Pénélope, par exemple, me plante un couteau dans la main, je ne bronche pas, et toute la famille explose de rire.  Au Chinois hier soir, elle m’a enfoncé sa baguette dans l’oeil. Je lui ai tiré la langue. Explosion de rire familial. J’ai développé une capacité de résistance à la douleur digne d’un fakir. Je dors nu sur une planche à clous, je marche sur des braises, j’avale des épées. J’ai aussi mangé les deux costumes offerts par Robert Bourgi, pour ne pas les enfiler par mégarde à la hâte, un matin.

Si j’étais François Fillon, je serais passé de 34 à 17% d’intentions de votes, mais voilà qu’insensiblement, en dépit des pronostics me déclarant en état de mort clinique, je remonte péniblement. 18, 19, bientôt 20% mais rassurez-vous ça n’ira pas plus haut. Votre confrère Libération a même consacré sa une du week-end à ce phénomène : "Et si c’était quand même lui ?" Ce "quand même" sonne comme un aveu, entendez "malgré tout ce qu’on lui a mis dans la tronche"…Pendant ce temps-là, l’escroquerie hollandaise, celle de la candidature "ni de droite ni de gauche" de ce jeune Macron qui suinte le socialisme des beaux-quartiers, saute aux yeux de tous. La baudruche de l’homme neuf se dégonfle à vue d’oeil. On ne gouverne pas un pays comme la France avec un programme et des députés tirés au sort via internet. Mes électeurs le savent, et lorsqu’interrogés par les instituts de sondage, ils font mine de m’avoir abandonné, c’est parce qu’ils ont compris ce que j’attends d’eux. De se taire, désormais, jusqu’au 23 avril, dans l’isoloir. Là, ils pourront donner libre court à leur républicanisme aigü. 

Car dans trois semaines, voyez-vous, à 20h il faut que la surprise soit complète lorsque mes sourcils légendaires feront face à la blondeur chelou de Mme Le Pen. Mais le drame, c'est que cette perspective ne me fait même plus plaisir. Il est trop tard. Ils ont tué ce qu'il y avait de naïf, d'humain en moi. Et c'est un robot de métal qui demain s'installera à l'Elysée...

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