Réparties de campagne. En 1995, Jacques Chirac largué dans les sondages se lâche face à Michel Field

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C'est un échange qui a déclenché l'hilarité entre Jacques Chirac et Michel Field que nous raconte aujourd’hui Cyril Lacarrière dans "Reparties de campagne", la chronique de franceinfo qui revient tout l’été sur les moments marquants des présidentielles dans les médias.

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Radio France
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Jacques Chirac et Michel Field, en 1998. (THOMAS COEX / AFP)

Janvier 1995, Jacques Chirac est lancé depuis plus de deux mois dans une nouvelle campagne présidentielle. Alors qu’il est donné largement battu par le favori des sondages, Edouard Balladur, il se rend sur le plateau de Michel Field sur Canal+ pour une émission qui va marquer sa campagne.

Jacques Chirac va-t-il finir par abandonner sa troisième tentative pour conquérir l’Elysée ? La question est sur toutes les lèvres, elle agite la droite française. Ce samedi 21 janvier 1995, c'est donc un candidat mal en point que Michel Field accueille dans son émission "L’Hebdo". Le journaliste revient pour franceinfo sur cette séquence avec un candidat que tout le monde donne perdant. "Il faut voir le contexte de Canal+ à l'époque. Il y avait une forme de détestation de Balladur que les Guignols portaient. Après, cette position d'être au fond du trou, avec l'énergie qu'il avait, cela lui a donné une forme de liberté de ton. Et à moi aussi. Trois mois plus tard, je n'aurais certainement pas osé faire l'interview comme ça, avec des petits tacles..."

"Réfléchissez deux minutes"

Un moment charnière resté dans les mémoires, notamment pour ce bref moment où Jacques Chirac et Michel Field se livrent une petite passe d’armes à fleuret mouchetés. "Réfléchissez deux minutes, si ce n'est pas excessif..." glisse Jacques Chirac. "Deux minutes, c'est à peu près le temps qu'il m'a fallu pour livre votre livre", répond Field. "Je sais bien, reprend Chirac, malheureusement, dans celui que je vous ai envoyé, je n'ai pas mis les images à colorier, j'en suis désolé." 

Applaudissements sur la plateau... mais même s’il rigole lui aussi, Michel Field se souvient qu’en direct, il a eu un moment d’hésitation avant d’oser titiller son invité. "Psychologiquement, est-ce que j'ose, je n'ose pas ? C'est quand même extrêmement insolent..."

C'est un Chirac qu'on n'avait jamais vu comme ça. Il faut quand même se souvenir du côté métallique, machoires serrées qu'il avait tout le temps.

Michel Field

à franceinfo

C’est donc un Jacques Chirac métamorphosé qui se présente ce samedi-là sur Canal+, prêt à tout pour tenter de déjouer le sort promis au loser abandonné. Pour bien décrire l’ambiance qui entourait le candidat, Michel Field se rappelle d’une scène étonnante qu’il n’avait jamais racontée. Cette fois, elle ne se passe pas sur le plateau de Canal+, mais à la radio pour laquelle Michel Field travaillait. "Europe 1 déroulait le tapis rouge à Balladur, c'était incroyable... Moi, j'ai reçu Chirac à Europe 1, et personne pour l'accueillir ! Il était tout seul sur le canapé rue François-Ier, personne ne s'était dérangé. Entre les deux tours, il est revenu, et là tout le staff était là. C'est un souvenir cuisant. Il m'en a reparlé plein de fois, il avait vécu ça comme une humiliation." 

Un Chirac humilié mais un Chirac qui sera finalement élu. Quant à cette séquence de "L’Hebdo", elle refera parler d’elle en septembre 2019, à la mort de l’ancien Président.

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