JO Paris 2024 : pour Jean Viard "Ce qui sera compliqué, c'est de garder l'enthousiasme pour les Jeux paralympiques, il ne faudra pas oublier cette fin-là, en France"

Dans moins de 100 jours, les Jeux olympiques à Paris... Y a-t-il un engouement des Français ? Une "Question de société" posée aujourd'hui au sociologue Jean Viard.
Article rédigé par Jules de Kiss
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
16 avril 2024, Olympie en Grèce. Le Grec Stéfanos Ntouskos, champion olympique d’aviron à Tokyo en 2021 (à gauche) reçoit la flamme olympique de l'actrice Mary Mina qui joue la grande prêtresse durant la cérémonie de passation sur l'ancien site d'Olympie. (SOCRATES BALTAGIANNIS / PICTURE ALLIANCE / GETTY IMAGES)

La France est-elle en train de se mettre ou pas, en mode Jeux olympiques ? Une question de société du jour, un peu provocatrice, parce qu'on n'est pas  vraiment dans un tourbillon. Et puis, il y a encore beaucoup de critiques. Mais quand même, il y a cette grande fête qui s'est déroulée tout ce week-end à Marseille, pour préparer l'arrivée de la flamme olympique, le 8 mai à bord du Belem, voilier mythique. Et ensuite, elle va circuler dans tout le pays, cette flamme olympique. 

franceinfo : Est-ce que vous sentez poindre l'enthousiasme, est-ce que ça y est, ça commence ?

Jean Viard : Dans mon village, ça reste calme. Mais le spectacle, même à Olympie, de toutes ces jeunes femmes avec la flamme, un peu dans la tradition grecque antique, puis ce voyage du bateau, même moi je l'ai regardé, donc à un moment, c'est aussi un lien entre la vieille culture grecque, qui est quand même notre grande racine démocratique, et puis le monde moderne. Je pense que petit à petit, ça va se construire, petit à petit, ça va prendre de l'importance. Alors bien sûr, on va en parler, mais ça va être des spectacles qui sont parfois magnifiques.

Et si l'inauguration a lieu comme prévu sur La Seine, ça va être splendide pour Paris et pour la France. Il y aura entre 2 et 3 milliards de gens qui vont regarder, c’est-à-dire c'est le plus grand événement planétaire, tous les quatre ans, il y a beaucoup plus de monde que pour une Coupe du monde de foot ou autre chose.

Donc c'est un événement tellement puissant, que je pense qu'on va petit à petit y rentrer, et puis au moment où ça va se passer, tout le monde va vouloir être parfait. Parce qu'à un moment, et c'est là où quand même, les nations ça existe, l'unité nationale ça existe, personne n'aura envie, si je peux me permettre, de "foutre le bordel" dans l'image de l'identité nationale.

Donc plutôt confiant sur l'idée d'un enthousiasme qui va monter en puissance. Est-ce que, à cet égard, la flamme qui arrive le 8 mai prochain, qui est partie d'Olympie et qui va sillonner le pays, est-ce que ça va rapprocher les Français des Jeux olympiques avec concrètement, une proximité ?

Ce chemin de la flamme, localement, c'est toujours un événement accueillant. J'ai vu, à un endroit qu'on a fait courir un monsieur qui avait 100 ans, on a fait courir des grands champions, championnes, des gens défavorisés, donc à un moment, c'est un récit collectif positif, dans une société qui a été bassinée depuis un an par des problèmes d'immigration, de violence des jeunes, des problèmes qui sont pour 90% de la construction du politique.

Donc, ça ramène à une société de fraternité qui est fondamentalement la société française. La société française, c'est une société paisible, un peu angoissée par son futur, on peut le dire, mais qui n'est pas cette société de guerre civile qu'on prétend toute la journée. Et donc, là, on a un moment qui est je dirais plutôt le plus proche de la vie quotidienne des gens, que des violents.

Il y a des violences horribles, je ne veux pas les nier, mais qui sont extrêmement minoritaires. Et je pense que c'est ce côté-là qui va être maître. Je pense qu'au fur et à mesure du chemin de la flamme, petit à petit on va se préparer. Ce qui sera compliqué, c'est de garder l'enthousiasme pour les Jeux paralympiques. Il ne faudra pas oublier cette fin-là en France, qui est un pays qui au fond ne fait pas tellement de place aux gens qui sont différents, comme on dit aujourd'hui.

Un sondage intéressant, sondage Ipsos, paru il y a quelques jours nous dit qu'1 Français sur 2 se dit confiant sur l'organisation de ces Jeux. C'est plutôt ça quand même, la question du moment, plutôt que se demander si ça va être un grand événement ?

C’est-à-dire que ce qu'on a vu depuis un an, c'est beaucoup plus les crises de la société française dans les discours négatifs, les angoisses, ça ne va pas marcher, etc. Alors que pour l'instant on est à peu près dans les budgets, il y aura peut-être des points de blocage. Moi, les grands discours sur les embouteillages, excusez-moi, l'été à Paris, il n'y a pas grand monde. Donc, à un moment, on a cette espèce de logorrhée négative qui écrase la société française.

Je pense qu'on va petit à petit en sortir. Espérons que tout va bien se passer. Après, évidemment, il y a des règles de sécurité, il y a tous ces éléments-là. Puis, à partir d'un certain moment, le vrai sujet, c'est combien la France aura de médailles.

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