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Rythmes scolaires : Paris sous pression

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L'actualité de l'éducation est à nouveau marquée aujourd'hui par la querelle autour des rythmes scolaires, avec ce rassemblement prévu devant l'Hôtel de ville de Paris en fin d'après-midi. Paris qui, on s'en souvient, avait été à la pointe de la contestation lors de l'annonce de la réforme.
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Radio France
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Le script de la chronique :

Jusqu'à 80% de grévistes dans les écoles primaires parisiennes.
C'était l'an passé, lors de l'annonce de la réforme et c'est le cauchemar que
Bertrand Delanoé aimerait éviter de revivre à l'orée des municipales. Sans parler
de l'hypothèse d'un mouvement qui ferait tâche d'huile – cette fois c'est le
gouvernement dans son ensemble qui frémirait. Faut-il le rappeler : le PS
n'a qu'une hantise, c'est de perdre à nouveau les voix enseignantes qui ont eu
la fâcheuse tendance à s'éparpiller hors du giron socialiste entre 2002 et

  1. La droite le sait et c'est pourquoi elle cogne aussi durement contre la
    réforme des rythmes scolaires, alors même qu'elle envisageait de la faire quand
    elle était au pouvoir. C'est aussi la raison pour laquelle le gouvernement
    tente de donner des garanties- la dernière en date consiste en la reconduction
    des aides accordées aux municipalités en 2014.

Le dossier n'est pas seulement politique. Que se passe-t-il
sur le terrain ?

Ce qui se passe toujours quand une réforme se met en place :
les choses se calent petit à petit. C'est ce qui ressort aussi bien des
propos du recteur de l'académie, François Weil, que de l'enquête menée par la
FCPE, la fédération de parents majoritaires, il est vrai proche du PS. " La mise en place de la réforme est lourde car elle concerne plus de 100 000 enfants " insiste le recteur. Des enfants auxquels on a voulu
laisser le choix des activités – 7700 ateliers proposés pour 663 écoles. Il
concède donc "des problèmes de gestion des flux lors des sorties d'école"
au démarrage, et plaide pour l'élaboration d'une code ou d'une charte de bonne
conduite. Mais de son point de vue, les tensions récurrentes n'existeraient
plus que dans une cinquantaine d'écoles. Ailleurs, soit elles seraient en cours
de résorption, soit tout se passerait bien – 50% des écoles seraient dans ce
dernier cas.

Analyse confirmée, donc, par les parents d'élèves
de la FCPE.

A partir d'un questionnaire diffusé par la FCPE-Paris : 96 %
des parents auraient avoi constaté la "disparition des
situations d'insécurité dès la deuxième semaine". Et 70%
disent que "leur enfant est plutôt satisfait des ateliers".
En revanche, la situation serait nettement meilleure en élémentaire qu'en
maternelle, le lieu où semblent se concentrer le plus de difficultés. C'est du
moins l'analyse de l'ancien directeur adjoint de l'IUFM de Créteil, jean-Louis
Auduc : 90% des
problèmes concernant la mise en place des nouveaux rythmes scolaires concerne
les élèves de maternelle, dit il : utilisation des salles installées pour aider
les élèves à se retrouver dans un espace ; mise en cause de la sieste, etc. Raison
pour laquelle , souligne-t-il Vincent Peillon a justement annoncé " des
ajustements sur la maternelle  "

Un bilan raisonnablement optimiste donc, que ne partage
absolument pas le syndicat enseignant majoritaire – le SNUipp-FSU Paris.

C'est le moins qu'on puisse dire. Lui met en avant les
remontées de 200 écoles et compte 60% d'établissements qui rencontrent " des
problèmes urgents et inquiétants d'hygiène et de sécurité "
et 80% où les enfants serait anxieux ou très fatigués. Hors du cadre syndical c'est
également ce qu'expliquent par le menu 21 directeurs d'écoles des 9e
et 10e arrondissements. La liste de leurs doléances est longue.
Outre les problèmes déjà mentionnés, ils évoquent :

" -L'intervention dans les bâtiments scolaires d'une
succession d'adultes dont on ne peut garantir la compétence, à qui sont confiés
des groupes d'enfants pour faire des " ateliers " dont on ignore les
objectifs, dans les locaux ou hors des locaux de l'école,

-Une confusion totale pour les élèves qui ne savent plus se
situer par rapport aux adultes référents. Pour ceux de l'école maternelle, la
perte de repères spatio-temporels à laquelle ils sont soumis et le non-respect
de leur biorythme sont proprement insupportables. La représentation de l'école
qui leur est donnée ne leur permet pas de se situer de façon constructive dans
l'institution scolaire,

-La confusion des finalités du scolaire et du périscolaire,
certains ateliers proposés par la ville ayant des appellations
équivoques : " lecture ", " ateliers scientifiques ",
" anglais ", etc.

-Des personnels enseignants exclus des locaux des classes où
ils préparaient leur travail pédagogique après 15
heures deux fois par semaine. Il en résulte une perte de motivation
des équipes et une interrogation sur les finalités de leur métier, " etc.

Cette question des locaux semble névralgique...

Elle l'est. Il y a vraiment quelque chose qui se joue sur le
terrain identitaire, sur le rapport à " ma classe ", au sens physique
du terme. Ce n'est pas nouveau – je cite le témoignage d'un ancien instit'
remplaçant qui se remémore son arrivée compliquée dans certaines écoles : " Je ne compte plus les armoires fermées ainsi que certaines
pièces de l'école, les cahiers du jour sous clé, dans des meubles vitrés, qui
me narguaient par transparence.... Etc. " Il est aujourd'hui
titulaire mais ça continue : " Une mes
collègues actuelles, me demande toujours l'autorisation de pénétrer dans
"ma" classe, alors que je clame haut et fort qu'elle ne m'appartient
pas, ni rien de ce qui s'y trouve d'ailleurs, elle peut se servir, il suffit de
me laisser un petit mot pour que je ne cherche pas ! " Dans ces conditions, dit-il, laisser son espace à des "
animateurs " n'a rien d'évident...

Enjeu de la mobilisation d'aujourd'hui à Paris ?

Pour l'instant mettre la pression. Mais le SNUipp Paris menace
: " Si la mairie et le rectorat refusent de répondre
positivement à notre exigence, la question de la grève serait posée pour le
retour des vacances d'automne"

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