Question d'éducation, France info

Le bac option inégalités

Un bachelier sur deux a présenté une ou deux options en plus des matières obligatoires. Or une étude que vient de publier l’Education nationale montre qu’elles coûtent cher, ne servent pas à grand-chose et sont inégalitaires.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
(Certaines académies, comme celle de Bordeaux, proposent de passer l'option surf au bac. © Jean-Daniel Chopin/TEAMSHOOT/MaxPPP)

0,3 point. C’est en moyenne ce que rapporte une option aux 175.600 candidats qui ont passé au moins une option. Rappel du principe : on peut choisir deux options, les points au-dessus de 10 rapportent, et viennent en plus des points obtenus dans les matières obligatoires. Exception : les points au-dessus de la moyenne obtenus avec la première option comptent double, voire triple s’il s’agit des langues et cultures de l’antiquité (LCA : latin ou grec).

Obtenir une mention

A côté, 10% des élèves ne gagnent aucun point. En revanche 20% en tirent profit, dont la moitié pour accrocher une mention qu’ils n’auraient pas obtenue sans option. L’explication est mathématique : "Un candidat qui passe une option et obtient la note de 15/20 voit sa moyenne progresser de 0,3 point tandis qu’obtenir la note maximale de 20/20 à l’option qu’il présente lui apporterait selon les séries entre 0,5 et 0,6 point supplémentaire. Aussi, pour que les options soient avantageuses, les candidats doivent avoir une moyenne 'sans option' suffisamment proche d’une moyenne 'plancher' : 8/20 pour espérer passer les épreuves du deuxième groupe, 10/20 pour être admis dès le premier groupe, et 12/20, 14/20 ou 16/20 pour obtenir une mention. " Ce mécanisme a tout de même permis à 6.000 élèves de décrocher le bac en 2013, alors que sans options ils ne l’auraient pas eu.

Inégalitaires

Il existe des options originales, mais la plupart sont assez classiques. A côté du surf et de certaines langues très rares, les choix restent classiques : arts en L, histoire-géo en S, mais aussi EPS et langues vivantes.

En quoi sont-elles inégalitaires ? C'est un peu l’histoire de l’œuf et la poule. On peut dire a minima qu’elles sont l’indice flagrant d’inégalités préexistantes. 25,8% des élèves qui ont un an d’avance choisissent deux options, contre 6% des élèves qui ont un an de retard. 19% des élèves de milieu très favorisés prennent également deux options, c’est deux fois plus que parmi les élèves de milieu défavorisé. 20,4% des candidats au bac S prennent deux mentions, c’est deux fois plus que les ES, trois fois plus que les L.

Un dernier indicateur : "les candidats qui se présentent à des preuves facultatives sont en général des élèves d’un bon niveau scolaire : 83 % des élèves qui ont obtenu la mention 'Très bien' ont passé au moins une option, contre un tiers seulement des candidats qui ont été refusés dès le premier groupe ."  Ici, comme en bien des domaines, l’école marche un peu comme le tarot : plus vous avez de cartes fortes dans votre jeu moins vous devez réaliser de points pour gagner la partie ; dit autrement , elle ne prête qu’aux riches.

Allemand LV1 et latin

Elles entérinent des inégalités, mais de là à dire qu’elles les créent, il y a un pas, que franchissent les auteurs d’une étude rendue publique dans le cadre de l’Observatoire des inégalités du conseil régional d’Ile de France. On le sait, beaucoup d’établissements regroupent les élèves de même niveau dans les mêmes classes. Selon eux le moteur principal de cette forme de ségrégation, ce sont les options.

"L'allemand LV1 et le latin sont utilisés pour marquer la ségrégation comme d'autres enseignements optionnels. On compte ainsi 51% de privilégiés dans les classes de latin en 5ème, 54% en allemand ." Donc il y a bien un effet en amont du bac, qui est susceptible d’accroître les inégalités. "Pour 30 à 40% des élèves, une partie au moins de ces inégalités semble provenir de la constitution volontaire de classes de niveaux. Pour les autres, il apparait que les différences sociales et scolaires dans les choix d’options et de langues vivantes sont à l’origine de la majeure partie de la ségrégation constatée ",  écrivent Son Thierry Ly, Éric Maurin et Arnaud Riegert.

Pour couronner le tout, elles coûtent cher. Elles sont une des raisons pour lesquelles l’Etat investit environ deux fois plus pour un lycéen que pour un écolier, un écart assez paradoxal quand on pense à l’importance des apprentissages fondamentaux, qui déterminent déjà largement le devenir scolaire des enfants.

 

 

(Certaines académies, comme celle de Bordeaux, proposent de passer l'option surf au bac. © Jean-Daniel Chopin/TEAMSHOOT/MaxPPP)