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Hollande aux USA : peut-on importer la Silicon Valley ?

François Hollande est en visite aux Etats-Unis. Il fera escale mercredi dans la Silicon Valley. Et ce n'est pas un hasard si Geneviève Fioraso, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, fait partie du voyage...

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Les universités de la Silicon Valley sont à l'origine de la formidable
prospérité de cette région.

L'aventure commence bien avant l'invention
des ordinateurs...

Oui.
Dès les années 1930. Quand William Hewlett et David Packard, les Hewlett et
Packard de HP, décident sous l'influence de leur professeur d'ingénierie électrique
de Stanford de créer leur entreprise dans la région au lieu de rejoindre la
côte Est, comme le font alors la plupart des diplômés de bon niveau. Dans la
foulée, ce professeur, Frederick Terman, convainc des entreprises de s'installer
à proximité de l'université. La guerre fera le reste : le gouvernement
fédéral investit fortement dans les technologies liées à la Défense et se tourne
vers la côte Pacifique pour les développer.

Le nom de Silicon Valley vient beaucoup
plus tard.

Oui.
Il aurait été inventé en 1971 par le journaliste Don Hoefler, pour décrire la
concentration d'entreprises liées aux semi-conducteurs et à l'informatique,
industries consommatrices de silicium, matériau de base des composants électroniques.
C'est le début du mythe de la Silicon Valley : elle a des universités de
très haut niveau, elle attire des entreprises, mais surtout elle développe
toute une méthodologie de l'innovation.

Quels en sont les ressorts ?

Le
premier c'est le capital-risque. C'est lui qui permet l'émergence de myriades
de start-up, en français de jeunes pousses.  Certaines naissent dans des garages aujourd'hui
célèbres comme celui où Steve Jobs et Steve Wozniak ont conçu le premier
ordinateur Apple - c'est presque une tradition puisque Hewlett et Packard
avaient eux aussi commencé dans un garage. Le second, c'est une mentalité. L'histoire
de la Valley est faite de bien plus d'échecs que de réussites flamboyantes,
mais l'échec n'est pas considéré comme rédhibitoire. Cette mentalité ne tombe
pas du ciel : quand vous visitez Stanford ou Berkeley, vous vous rendez
compte qu'elle est cultivée, au quotidien, dans les centre dédiés à l'innovation
ou à l'entrepreneuriat. Elle se travaille aussi à travers une pédagogie très
tournée vers les projets et très attentive au consommateur final. Parmi les
mantras  généreusement répétés, vous avez
" Demo or Die " : montrer ou mourir ; c'est l'idée qu'il
faut aller jusqu'à l'étape du prototype, le tester, l'améliorer. Le succès de
cet écosystème est donc le fruit de l'histoire, d'une culture commune et de la
géographie car le silicium exige beaucoup d'eau.

Est-ce reproductible ?

En
partie oui, et Geneviève Fioraso, la ministre de l'Enseignement supérieur et de
la recherche, qui accompagne ce voyage officiel de François Hollande, le sait
bien puisqu'elle vient de Grenoble où se déploie actuellement un projet baptisé
Giant, pour Grenoble Innovation for
Advanced New Technologies. Le projet : "tisser des liens entre
enseignement, recherche et industrie ,
afin de conforter les percées technologiques qui seront sources de nouvelles plus-values sociétales et **** économiques ".
Trois secteurs sont ciblés : technologies de l'information et de la
communication, énergies renouvelables et questions environnementales, et biosciences
et santé. Mais c'est surtout un projet qui fédère du monde de l'enseignement
supérieur (Grenoble Ecole de Management, Grenoble INP et l'Université Joseph
Fourier), le monde de la recherche avec le CEA et le CNRS, et des laboratoires
de pointe. Reste à convaincre les sociétés de capital-risque de jouer le jeu.
Et à instiller cette culture de l'innovation parmi les étudiants.

Il y a d'autres initiatives de ce genre ?

Des
dizaines. A une toute autre échelle et dans d'autres domaines, on peut citer l'écosystème
conçu autour de la technopôle de Troyes, en Champagne, avec alliance de l'école
de commerce, de l'université technologique et d'une école de design. 52
entreprises sont installées dans cette technopole, représentant plus de 350
emplois.

Qu'est-ce qui manque à la France pour
voir fleurir de tels écosystèmes ?

Sans
doute la culture du risque, même si nous faisons des progrès. Yvon Gattaz, l'ancien
patron du Medef quand il s'appelait CNPF, aime rappeler que lorsqu'il a créé
son entreprise dans un fond de cour de la rue Oberkampf, à Paris, personne ne
comprenait qu'un jeune ingénieur diplômé de la prestigieuse école Centrale se
lance dans l'entrepreneuriat au lieu de rejoindre une grande entreprise – c'est
d'ailleurs le message que martèle toujours Yvon Gattaz avec son association Jeunesse
et entreprise. Les choses ont évolué et on voit se multiplier les programmes
dédiés à l'entreprenariat, mais surtout dans les grandes écoles, d'où la
création par Geneviève Fioraso d'un statut de " l'étudiant entrepreneur "
afin d'encourager aussi les universitaires. Ces derniers ont la clé de tout car
le succès de la Silicon Valley repose d'abord sur l'excellence de la recherche,
or cette dernière, en France, en portée par les universités et les centres de
recherche. Ils devraient donc être le centre de gravité naturel de l'innovation
et de l'entreprenariat. Or pour l'instant, la plupart du temps, ce sont les grandes
écoles qui jouent un rôle moteur. C'est ce que François Hollande, si tant est
qu'il l'ignore, aurait pu mesurer, éprouver, en faisant un détour par un
campus. Mais gageons que les entrepreneurs qu'il a prévu de rencontrer après-demain
à San Francisco le lui diront.

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