Des reporters empêchés de travailler et tenus à distance des migrants

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Entre la Biélorussie et la Pologne, durant les quelques jours que l'on a appelés "crise des migrants", les journalistes ont été empêchés de travailler. 

Article rédigé par
Eric Valmir - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Région de Grodno, Biélorussie. 27 novembre 2021. L'attente des migrants dans des conditions de vie indignes, ils reçoivent de l'aide humanitaire des habitants de Grodno, à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. (SEFA KARACAN / ANADOLU AGENCY VIA AFP)

En Biélorussie, la liberté de la presse est bafouée par le régime, mais concernant la Pologne, nation européenne, le fait d'avoir une zone rouge, interdite aux reporters, tenus à distance des migrants, pose question. 

Paul Dza est un journaliste free-lance indépendant

La Biélorussie, il y est allé plusieurs fois, son dernier reportage couvrait la réélection d’Alexandre Loukachenko. Quand en novembre, la situation se tend à la frontière polonaise, l’agence Sipa manifeste son intérêt.

Paul met plusieurs heures à rejoindre Grodno, au nord-ouest de la Biélorussie. C’est ici, sur quelques kilomètres carrés, que sont "parqués" les migrants, mais la région étant zone militaire, il est impossible d’approcher. Le photographe est d’ailleurs arrêté par l’armée, détenu, puis conduit à Minsk, la capitale. Il n’aura rien vu, rien entendu, et son reportage recueillera les témoignages des quelques migrants qui arrivent à Minsk, et qui racontent les brimades et rackets qu’ils subissent.

En Biélorussie, plus personne ne veut parler aux reporters

Mais Paul Dza dresse un autre constat au regard de ces deux précédentes visites, la peur s’est installée en Biélorussie. Chez les journalistes arrêtés, menacés, et pour les étrangers, l’expulsion, mais aussi dans la population. Plus personne ne veut parler aux reporters, même sous couvert d’anonymat.

La terrible répression qui a suivi les manifestations qui dénonçaient la fraude électorale, lors du dernier scrutin, a laissé des traces dans la société biélorusse.

Biélorussie, 18 novembre 2021. Des réfugiés attendent à l'extérieur d'un camp de migrants, bloqués à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne.  (VIKTOR TOLOCHKO / SPUTNIK VIA AFP)


Et là, tout près, de l’autre côté de la frontière, en Europe, en Pologne, se trouve Marie-Pierre Vérot, envoyée spéciale de la rédaction internationale de Radio France. Elle n’est pas mieux lotie.

Même constat pour Marie-Pierre Vérot, de la rédaction internationale de Radio France, en Pologne

La forêt frontalière, peuplée de 15 000 résidents, est décrétée zone rouge. Et si les journalistes se hasardent à approcher le point de passage des migrants, ils sont vertement interpellés. Pour voir quelque chose, il faut jumelles ou longues vues, et se contenter des images de propagande, de part et d’autre, qui vont nourrir les flux tout info.

Hélicoptères et drones polonais filment les méchants Biélorusses qui agressent les migrants, et les poussent à fuir vers l’Europe. Hélicoptères et drones biélorusses filment les méchants Polonais, qui repoussent à coup de gazs lacrymogènes les malheureux migrants qui cherchent refuge en Europe.

Biélorussie, 17 novembre 2021. Une petite fille réfugiée, considérée comme une migrante clandestine, entre la Biélorussie et la Pologne dans la région de Grodno dans la forêt frontalière décrétée zone rouge.  (VIKTOR TOLOCHKO / SPUTNIK)

Et quand Marie-Pierre Vérot réussit enfin à recueillir des témoignages, ils éclairent la réalité. Des agences biélorusses ont promis à ces familles de migrants, des packages "hôtel + visa biélorusse" pour passer en Europe, insistant sur le fait que le chemin via la Grèce était bloqué. Et quand ils sont arrivés, ils ont été aussitôt dépouillés, conduits à la frontière, massés.

On les a incités à lancer des projectiles en direction des Polonais. Quelques familles ont pu passer, ont pu témoigner. On a compris que tout cela était préfabriqué pour provoquer l’Europe, et la déstabiliser sur un sujet sensible, mais on a surtout vu que Bruxelles n’a jamais rien condamné et a laissé faire. Le tout dans l’indifférence. Avec quelques morts dans un froid hivernal.

Si c’était un test sur le dos de la misère humaine et des valeurs de l’Union, il fut probant.  

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