De COP en COP…

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À l’heure de l’urgence climatique, les journalistes spécialisés environnement, de toutes les rédactions du monde, se donnent rendez-vous d’une COP à l’autre, attendant chaque année des résultats probants, et repartant chaque année déçus et amers. 

Article rédigé par
Eric Valmir - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Les espoirs déçus de la COP 27, en Égypte à Sharm El-Sheikh, comme à chaque conférence mondiale sur le climat. Symbole de cette amertume et de cette déception, cette Terre qui suffoque, affichée par une militante de la cause environnementale et des droits humains, le 19 novembre 2022.  (SEDAT SUNA / MAXPPP)

Un fonds d'aide aux pays pauvres pour faire face aux dégâts climatiques, mais aucune ambition pour baisser les gaz à effet de serre et sortir des énergies fossiles. Une COP 27 décevante pour l’ONU, l’UE, les associations engagées dans la lutte contre le réchauffement climatique, et les reporters présents sur place, tout aussi déçus, se demandent désormais comment couvrir ces grands rendez-vous dont les consensus ne sont pas à la hauteur des enjeux.

Les premières déceptions viennent d’abord d’en haut

Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations Unies, regrette que "la COP n’ait pas répondu à l’urgence de réduire drastiquement les émissions". L’Union européenne se dit déçue, la France et l’Allemagne pointent le manque d’ambition climatique. Et l’adoption d’une résolution emblématique "pertes et profits" ne suffit pas à atténuer les amertumes.  

Même le ministre de l’Environnement sud-africain, qui se réjouit de ce volet, aimerait une implication plus forte des pays développés. Car oui, se tenant en Afrique, continent marqué par l’urgence climatique, alors qu’il est responsable de moins de 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, cette COP devait traiter la question du financement des pertes et dommages. Faute de moyens, la plupart des pays en développement ne peuvent reconstruire les infrastructures emportées par les catastrophes naturelles et la montée des eaux, ni dédommager les populations.

Les pays du Nord, et c’était attendu depuis 30 ans, ont reconnu la nécessité de financer les pertes et dommages. Reste encore à s’entendre sur le mode opératoire du fonds et son approvisionnement. Et c’est là que les inquiétudes se formalisent. Pour que la facture "pertes et dommages" ne soit pas lourde, il faut agir sur l’atténuation des émissions, et la COP n’a rien dit à ce sujet.

Et sur les énergies fossiles, Glasgow avait ouvert la discussion, vite refermée à Sharm El-Sheikh par les lobbies des entreprises fossiles et une présidence égyptienne qui leur était plutôt favorable. Or, limiter la hausse du réchauffement passe par la sortie des énergies fossiles, tel que décrétée par l’Accord de Paris. L’article 6 sur la mise opérationnelle des marchés carbone n’a pas été un sujet aussi.

Et pourtant, il est urgent d’édifier des règles strictes et précises pour éviter la mise en place de projets néfastes pour la biodiversité, et qui conduisent aux non respect des droits humains des communautés locales. Les pistes techno comme la matière "drone et intelligence artificielle en agriculture", ne sont-elles  pas décalées au regard de la problématique posée et du quotidien des zones rurales ?

20 novembre 2022. Egypte, Scharm El Scheich. Cérémonie de clôture de la COP 27. Un rendez-vous qui pour les reporters présents n'a produit que "frustration, amertume, déception, et de l’anxiété devant une urgence sous-évaluée et non traitée". (CHRISTOPHE GATEAU / DPA VIA MAXPPP)

La biodiversité : la grande oubliée de cette COP 27

Ce n’est pas faute, pour les auteurs du GIEC, d’insister sur les liens entre climat et biodiversité, reconnus à Glasgow, ignorés en Égypte, à tel point qu’aucune référence à la COP 15 biodiversité de Montréal, dans 15 jours, n’a été faite. C’est un signal politique désastreux.

Étienne Monin, journaliste climat de la rédaction de franceinfo, est donc rentré énervé de cette COP. Les petits pas encourageants ne servent plus à rien. On peut reconnaître les avancées, mais la temporalité du moment, c’est l’urgence. Surtout dans une année 2022 où les effets du réchauffement climatique se sont ressentis en Europe et partout dans le monde.

Travailler sur cette COP n’a pas été simple, d’abord parce que les reporters étaient privés de libre circulation. Impossible d’aller dans le désert égyptien mesurer les conséquences du changement climatique, impossible de couvrir les manifestations qui avaient lieu au même moment dans les rues, et des rédactions qui ne s’intéressent pas aux sujets tant qu’il n’y a pas d’avancées notables. Et sur place, sur un pur plan éthique, des hôtels hors de prix, des clims poussées à fond, tout ce qui fait l’évènementiel de l’ancien monde dans un rendez-vous qui doit définir celui de demain...

Et la prochaine COP, la 28e à Dubai, qu’on annonce déjà cruciale, puisque dressant le bilan mondial des accords de Paris. Et la sortie des énérgies fossiles et la réduction des émissions de gaz à effet de serre, croyons-nous que la présidence émiratie abordera ces sujets ? N’est-il pas à craindre qu’elle soit l'apôtre de fausses solutions, ces fausses solutions, véritables fosses pour l’urgence climatique.

Tout bien considéré, pour le reporter, ne vaut-il pas mieux courir la planète pour valoriser les initiatives locales, dans les zones touchées par le réchauffement ? Finalement, une COP, ça peut se suivre en visio. A-t-on vraiment besoin d’y aller ? A moins que le modèle change, et qu’elle ne soit plus un rendez vous qui produit frustration, amertume, déception, et de l’anxiété devant une urgence sous-évaluée et non traitée.

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