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Couvrir les élections en Irak à l'heure de la crise afghane

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Un reportage en Irak n'est jamais anodin, surtout à l'heure de la crise afghane et de la guerre qui continue dans la Syrie voisine. Aurélien Colly, correspondant de Radio France à Beyrouth s'est rendu à Bagdad et ses faubourgs pour couvrir les dernières élections. Il nous raconte l'Irak de l'automne 2021. 

Article rédigé par
Eric Valmir - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Des partisans du leader chiite Moqtada Al-Sadr fêtent sa victoire au soir des élections législatives le 11 octobre. (AHMAD AL-RUBAYE / AFP)

La première impression est évidemment visuelle. Finis les murs de protection qui segmentaient la ville et que les Américains avaient installé en 2003, les points de contrôle ne séparent plus les quartiers. Bagdad ressemble à une ville presque normale du Moyen-Orient : souks animés, jeunesse dans les bars, intellectuels irakiens qui dissertent. Mais pour autant, la ville vit le lendemain d'une guerre avec ses 40% de chômeurs, ses milices armées qui entretiennent le sentiment d'insécurité. Et pour un journaliste occidental, la prudence est toujours un réflexe.

Attention à bien choisir son hôtel, à préférer le chauffeur de confiance pour le reportage plutôt que prendre le premier taxi venu, il y a des quartiers où l'on ne va pas et les interviews ne se font pas en pleine rue. D'ailleurs, elles sont toujours calées avec des interlocuteurs à leur domicile. On ne sort pas un micro en pleine rue. 

La désillusion est partout

On l'a constaté dans les reportages d'Aurélien Colly, la désillusion est partout. Le scrutin est marqué par une très forte abstention. Les Irakiens n'ont pas cru à la transparence des élections en dépit de la présence d'observateurs représentant toutes les formations politiques, d'inspecteurs de l'Union européenne et des Nations-Unies et de la mise en place du vote électronique par empreinte biométrique. Rien n'y a fait. Le sentiment de politiques clientéliste l'emporte. Comment être surpris quand le pays est gangréné par la corruption ?

Ces législatives, les cinquièmes depuis 2003 et le renversement de Saddam Hussein ne dégagent pas de majorité claire, le parlement sera fragmenté, même si la victoire appartient au leader chiite Moqtada Al-Sadr connu pour ses positions anti-américaines et anti-iraniennes. Le ras le bol de la présence iranienne est une réalité. Les partis pro-iraniens peuvent toujours contester le résultat des élections, les Irakiens, jusqu'à la communauté chiite irakienne, ne supportent plus la mainmise de Téhéran effective depuis 2014. Surtout qu'il y a pile deux ans, les milices iraniennes avaient réprimé dans le sang les manifestations sociales contre le chômage et la déliquescence de l'Etat. Bilan : au moins 500 morts. 

Un parallèle avec le Liban

Aujourd'hui, le gouvernement irakien ne parvient pas à désarmer les groupes paramilitaires iraniens et le discours nationaliste de Moqtada A-Sadr qui renvoie dos à dos Washington et Téhéran, trouve un écho. 

À son retour à Beyrouth, après ses reportages en  Irak, Aurélien Colly ne peut s'empêcher d'établir un parallèle entre le Liban et l'Irak. Le Liban n'est pas l'Irak mais l'on peut observer des points de similitude : faillite de l'État, corruption endémique qui rend le quotidien des populations insupportables, formation politique et mouvement communautaire et confessionnel qui sont par leur clientélisme responsable de l'effondrement de l'État, et puis les mouvements sociaux, les mêmes en octobre 2019, et des tensions armées avec les chiites iraniens. On l'a vu au Liban, il y a une dizaine de jours. 

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