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Nouveau monde. Les entreprises françaises de technologie ne veulent pas devenir "des employés des GAFAM"

Le projet de "constitution numérique européenne", qui sera présenté la semaine prochaine, vise à mieux les protéger.

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La Commission européenne souhaite mieux protéger les entreprises européennes du numérique face au rouleau compresseur des GAFAM.
La Commission européenne souhaite mieux protéger les entreprises européennes du numérique face au rouleau compresseur des GAFAM. (GETTY IMAGES)

La Commission européenne doit présenter, le 15 décembre, le Digital Services Act, un projet de "Constitution numérique européenne" visant, notamment, à mieux protéger les entreprises européennes du numérique face au rouleau compresseur des "big tech" américaines. Le français Reverso, pionnier de la traduction en ligne depuis 20 ans, fait partie de ces sociétés innovantes qui, à la fois, profitent des écosystèmes mis en place par les GAFAM*, et en même temps, souffrent de leur concurrence.

franceinfo : Comment faites-vous face à la concurrence des services de traduction proposés par les GAFAM ?

Théo Hoffenberg, fondateur de Reverso : Les GAFAM nous obligent à innover en permanence. Par exemple, nous avons lancé un service baptisé Reverso Context qui propose, pour une traduction donnée, des exemples de phrases dans différents contextes, afin d’aider à la compréhension.

Nous avons également lancé plusieurs applications qui mêlent traduction et apprentissage des langues. Notre application pour Mac/PC permet d’obtenir une traduction avec un simple raccourci clavier, quel que soit le logiciel que l’on est en train d’utiliser. Bref, nous faisons en sorte de ne pas devenir simplement une commodité, mais de demeurer un vrai service à valeur ajoutée.

Qu’espérez-vous du Digital Services Act ?

Aujourd'hui, il y a une situation de domination de la part des GAFAM et c’est important d'avoir une régulation afin qu’il n’y ait pas d’abus. Par exemple, quand Google donne directement la réponse à une question sans renvoyer vers les sites d’origine, ou lorsqu’il fournit directement des services à l'intérieur de son navigateur (Chrome, NDR), c'est un problème.

Nous reconnaissons que ces services sont extrêmement pratiques pour les utilisateurs, mais il faut trouver le moyen de concilier l'expérience utilisateur avec la survie économique des entreprises. Il est toujours intéressant d'avoir des géants économiques, mais c'est également important de préserver la filière numérique européenne afin que nous ne devenions pas simplement des employés des GAFAM.

En même temps, vous avez besoin de ces géants pour exister…

Absolument. Le moteur de recherche Google est très utile et Apple fait des machines magnifiques qui nous permettent de développer de belles applications. Nous sommes très heureux que ces grandes entreprises existent. Mais ce qu'on leur demande, c'est de nous permettre de nous développer de façon sereine.

Le problème est qu’elles ont quasiment droit de vie ou de mort sur beaucoup d’acteurs de la filière. Par exemple, lorsque l’on recherche Reverso dans l'App Store et que l’on trouve en priorité une application concurrente qui arrive en tête parce qu’elle achète de la publicité, c’est un peu un problème. Il parait logique d'avoir un peu de réglementation dans tout cela.

* GAFAM : Google Amazon Facebook Apple Microsoft

La Commission européenne souhaite mieux protéger les entreprises européennes du numérique face au rouleau compresseur des GAFAM.
La Commission européenne souhaite mieux protéger les entreprises européennes du numérique face au rouleau compresseur des GAFAM. (GETTY IMAGES)