Guerre en Ukraine : des AirPods volés près de Kiev ont permis de suivre l’armée russe à la trace

écouter (3min)

En Ukraine, la surveillance et le renseignement sont un enjeu clé, mais pas forcément besoin de drone ou de satellite pour anticiper les mouvements de l’ennemi. Une simple paire d’écouteurs Bluetooth suffit.

Article rédigé par
Benjamin Vincent - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Des AirPods d'Apple comme ceux-ci, volés à un Ukrainien près de Kiev, ont permis de suivre le repositionnement d'une partie de l'armée russe avant l'offensive dans le Donbass. (APPLE / FRANCEINFO)

C’est l’histoire incroyable d’une paire d’AirPods, ces écouteurs blancs, sans fil, vendus un peu moins de 200 euros. C’est aussi l’histoire d’un Ukrainien, racontée par le Times de Londres.

Elle commence au début de l’invasion de l’Ukraine, fin février. Les Russes progressent vers Kiev et à 25 kilomètres de la capitale, ils atteignent Hostomel, ville connue pour son aéroport de fret. Dès les premières heures, cet aéroport fut pris pour cible par l’aviation russe qui y détruisit notamment l’unique exemplaire du plus gros avion porteur au monde, l’Antonov An-225 surnommé Mriya, l'un des emblèmes de l'Ukraine.

Quatre grammes de technologie

Hostomel, c’est là que vit Vitaliy Semenets. Sa maison est pillée par des soldats russes qui repartent notamment avec sa paire d’AirPods, qui ne sont pas que des écouteurs malgré leur poids plume de quatre grammes. À l’intérieur de chacun d’eux, se trouve un tout petit processeur qui leur permet de se géolocaliser dès qu’ils sont à proximité d’autres appareils de la marque à la pomme : cette capacité à se connecter à une portée d’une dizaine de mètres, c’est l’un des intérêts du Bluetooth.

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Vitaliy Semenets (@vitaliysemenets)

C’est ainsi que Vitaliy Semenets a pu suivre le périple de ses écouteurs, sur l’écran de son téléphone, en lançant l’application “Localiser“ : les écouteurs sont matérialisés dans un petit cercle sur une carte de la région. Et il a ainsi pu les suivre, jour après jour, de la région de Kiev au Donbass. Vitaliy Semenets comprend d’abord que les Russes ont renoncé, au moins provisoirement, à prendre Kiev quand il voit ses écouteurs repartir vers le Nord et traverser à nouveau la frontière avec la Biélorussie.

De Hostomel à Belgorod

Premier stop dans la ville de Gomel, la deuxième ville du pays. Ses AirPods vont alors se remettre en marche, direction la Russie. Passage de la frontière et contournement de l’Ukraine vers le sud-est jusqu’à Belgorod, à 35 km de la frontière, côté russe. C’est dans la “ville blanche“ que deux hélicoptères ukrainiens avaient mené un raid spectaculaire en tirant des missiles sur une raffinerie russe, fin mars. C’est surtout à Belgorod que le Kremlin a repositionné ses troupes, dans la perspective de l’offensive sur le Donbass qui a commencé cette semaine.

Le pillage de la maison de cet Ukrainien ne serait malheureusement pas un cas isolé. Les Russes auraient dérobé beaucoup plus que des AirPods : des machines à laver, des scooters électriques, des ordinateurs. Deux tonnes d’objets volés ont été expédiés en Russie par une quinzaine de soldats russes depuis un bureau de poste en Biélorussie.

Un militaire russe avait même reçu d’un proche une véritable liste de courses de biens à voler pour les rapporter au pays. À Irpin, un soldat russe a d’ailleurs succombé après avoir remplacé la protection en Kevlar de son gilet pare-balles par un ordinateur portable, qu’il espérait probablement rapporter en Russie.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.