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Ces "boites noires" qui inquiètent les internautes français

Faut-il mettre l’Internet français sous surveillance au nom de la lutte contre le terrorisme ? L’Assemblée Nationale examine à partir d’aujourd’hui le projet de loi sur le Renseignement. L’opposition contre cette loi est extrêmement vive.

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(Babar, Evil Bunny, Fanny... Ces outils étatiques de cybersurveillance © Fotolia)

Loi contre le terrorisme

La principale disposition qui inquiète les opposants dans la nouvelle loi sur le Renseignement tient en deux mots : boite noire. Une "boîte noire" installée chez chaque fournisseur d’accès pour enregistrer tout ce que les Français font sur Internet. Une boîte noire, non pas pour espionner les Français un par un - c’est impossible - mais pour enregistrer des milliards de données afin de pouvoir y déceler automatiquement un « comportement déviant » ou bien pour y retrouver, à postériori dans le cadre d’une surveillance ciblée, les traces, par exemple, de consultation de sites terroristes. 

Cette disposition spectaculaire fournirait aux services de renseignement de nouveaux outils très intrusifs, un peu comme ceux dont dispose la NSA américaine, pour surveiller les terroristes présumés.

Surveillance automatique

On s’imagine déjà dans le film « la vie des autres » qui décrivait les pratiques d’omni surveillance de la Stasi est-allemande. Certes, il ne s’agirait pas d’affecter des fonctionnaires à l’écoute systématiques de tous les Français car ce serait tout bonnement impossible. Aujourd’hui, il y a mieux : il y a les algorithmes, des programmes qui se chargeraient de repérer automatiquement les pratiques douteuses.

Risques de dérapages

Qu'est-ce qu'une pratique douteuse ? C’est toute la question. Est-ce qu’un ami d’ami d’islamiste potentiel tomberait lui aussi dans les mailles du filet ? Est-ce qu’un journaliste qui enquête sur les réseaux terroristes se ferait repérer comme terroriste ?

Le projet de loi soulève la colère de nombreuses organisations comme la Quadrature du Net ou le Conseil du Numérique. Les opposants s’inquiètent d’un flicage qui pourrait aller au delà du terrorisme, par exemple pour surveiller des organisateurs de manifestations ou de mouvements sociaux.

L’Etat répond qu’une Commission de contrôle veillera au respect des libertés individuelles et pourra saisir le Conseil d’Etat en cas de dérapage.

Exil des hébergeurs ?

L’estocade est venue, il y a quelques jours, de certains fournisseurs d’accès à Internet (OVH, Gandi, etc.) qui ont menacé de s’expatrier et de supprimer des emplois si cette loi devait voir le jour Selon eux, le dispositif est liberticide, trop couteux et surtout inefficace car les « vrais » terroristes savent protéger leurs communications.

Les députés ont une semaine pour examiner la question.

(Babar, Evil Bunny, Fanny... Ces outils étatiques de cybersurveillance © Fotolia)