Modes de vie, France info

Les voleuses de sable au Cap Vert

Elles ont de l'eau jusqu'au cou, elles portent sur la tête jusqu'à 50 kg de sable tassé dans un grand seau... les photos de ces voleuses de sable sont à découvrir dans le dernier numéro de "Marie-Claire".

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
(©)
#AlertePollution

Rivières ou sols contaminés, déchets industriels abandonnés… Vous vivez à proximité d’un site pollué ?
Cliquez ici pour nous alerter !

Emmanuelle Eyles est allée pour Marie-Claire à la rencontre des voleuses de sable au Cap Vert.

Gagner 45 euros par mois pour survivre

L'archipel du Cap Vert n'a pas
de ressources naturelles. En dehors du poisson, il n'y a rien. Cette ancienne
colonie portugaise à 450 km du Sénégal, abrite 530
000 habitants qui s'accrochent à leur île en dépit
du chômage et de la dureté du quotidien. Le sable n'appartient à personne
et il a une valeur marchande.

Payer les frais de scolarité des enfants

L'argent que rapporte la vente du sable volé paye les
frais de scolarité des enfants. Les fournitures, l'uniforme,
l'inscription. Ce sont les femmes qui sont responsables des enfants, ce sont
les femmes qui volent le sable. Quand je leur ai posé la question c'était
pour elles une telle évidence qu'elles ont éclaté de rire.

Trier les galets et tamiser le sable fin

Il y a plusieurs techniques, selon les plages et ce qu'il
reste de sable sur ces plages. Car il faut savoir que le sable disparaît peu à peu
et qu'un désastre écologique se prépare, mais j'y reviendrai. Sur les
plages où il y a encore du sable au sol, elles trient les galets, en font
des tas de différentes tailles, et tamisent chaque jour, inlassablement le
sable qu'elles râclent avec une écuelle
cassée en deux, pour ne garder que le plus fin et constituent ainsi d'énormes
tas de sable qui seront récupérés de nuit par les hommes de mains de
constructeurs locaux ou bien pour l'exportation.

Quand il n'y a plus de sable et que la plage ressemble à un
squelette rocailleux et laid, elles entrent dans l'eau profondément, en dépit
des rouleaux, chercher le sable du fond. Elles attachent
solidement leurs scandales en plastique avec des lacets car l'eau les arrache,
portent des collants contre les blessures des galets  et recouvrent leurs
cheveux de sacs plastiques multicolores pour les protéger du sel.

Affronter les rouleaux de l'océan

Ces femmes sont solidaires. L'océan
est dangereux et les rouleaux de vagues sont puissants. Les femmes les plus
fortes sont dans l'eau jusqu'aux épaules
avec une pelle tandis que les autres entrent les unes derrières les autres et
forment une chaîne avec chacune un seau sur la tête. Elles ont de 15 à 65
ans, portent 50 kg
de sable dans le seau. Elles font ça chaque jour depuis leur enfance,
n'ont jamais connu d'autre travail et cela leur rapporte 45 euros par mois.

Eviter les patrouilles policières

Les militaires qui patrouillent les plages ne sont pas très
effrayants et comprennent bien que ces femmes n'ont pas d'autre choix si elles
veulent envoyer les enfants à l'école. Il n'y a pas de travail. Les
militaires avec lesquels j'ai parlé m'ont dit qu'ils se contentent de confisquer
le matériel et de vider les sacs de sable. Elles recommencent aussitôt évidemment.

L'écosystème détérioré

S'il n'y
a plus de sable les poissons ne peuvent plus y pondre leurs œufs ni se
nourrir des micro-organismes. Il y a donc beaucoup moins de poisson qu'avant et les pêcheurs en ramènent moins. Les récoltes
aussi sont affectées car la barrière de sable qu'était
la plage, protégeait la terre et la nappe phréatique des infiltrations salées.
J'ai rencontré des cultivateurs
de tabac et de bananiers qui étaient au bord de la ruine.

Le trafic du sable dans le monde

Le sable est la deuxième ressource la plus utilisée dans le
monde après l'eau. On utilise plus de 15
milliards de tonnes de sable par an pour un volume d'échanges
de 70 milliards de dollars. Le sable est partout, présent dans l'alimentation, le verre, les cosmétiques,
ordinateurs, puce sélectroniques, détergents etc..  Mais il est surtout le
composant principal du béton. Or deux tiers de ce qu'on
construit aujourd'hui sur la planète est en béton
armé. Comme le sable du désert est trop lisse pour en fabriquer, c'st la ruée sur les plages. Les villes de demain que
sont Singapour, Hong Kong, Oulan Baator, Mumbai, Dubai, ont
englouti des centaines de plages et des dizaines d'îles
aux Maldives.

Les mafias à la manoeuvre

En 2010 le Cambodge, le Vietnam, la Malaisie, l'Indonésie et le Cap Vert ont interdit, l'exploitation sauvage du sable mais les mafias sévissent
sur toute la planète, surtout en Inde où l'on
compte 8.000 sites de pillage

Le sable n'est pas rincé lors
des trafics illégaux, il reste salé, ce qui rend le béton beaucoup plus
fragile. Toutes ces constructions dans les mégapoles ne sont pas sans risques.

(©)