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Portugal : une embellie de courte durée

"Micro européen" se penche sur un phénomène social aujourd'hui au Portugal, le vol de nourriture dans les hypermarchés. Des familles avec de jeunes enfants et des personnes âgées ne peuvent nourrir leurs enfants ou vivre de leur retraite : c'est ce que révèlent des statistiques de la grande distribution portugaise. 

Article rédigé par franceinfo - José-Manuel Lamarque
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Un hypermarché au Portugal à Lisbonne. (Illustration) (HORACIO VILLALOBOS / CORBIS VIA GETTY IMAGES)

Micro européen est aujourd'hui consacré au Portugal, avec Ana Navarro Pedro, journaliste portugaise correspondante à Paris. Un phénomène social au Portugal aujourd’hui : le vol de nourriture dans les hypermarchés.

franceinfo : On pense que ce sont les jeunes qui volent, mais non, il s’agit de personnes âgées et de couples avec enfants ? 

Ana Navarro Pedro : Exactement. Ce sont des statistiques qui nous viennent de la direction des entreprises de la grande distribution portugaise, et c'est le président de cet organisme qui dit : "Ces gens volent pour manger". Et il s'agit de personnes âgées, qui ne peuvent plus vivre de leur retraite. Ou il s'agit de couples, de personnes, de parents qui ne peuvent plus nourrir leurs enfants. Ces vols ont été répertoriés, et l’on sait ce qui a été volé, quand les personnes ont été prises, et c'était des aliments basiques, du lait essentiellement, et des boîtes de thon.

Et c'est pour ça qu'on a vu dans la presse française toutes ces images qui ont beaucoup choqué ici. Des boîtes de thon qui sont maintenant dans des antivols en plastique, parce que les commerces doivent aussi se défendre, évidemment. On ne vole pas des choses très importantes et une grande partie de ces vols ne sont pas dénoncés à la police.

Vous m'avez délivré aussi une anecdote, quelquefois quand des gens se faisaient prendre, c'était le policier qui payait…

C'est une anecdote qui date en fait la grande crise de 2011 des "subprimes". Quand les gens se faisaient prendre en flagrant délit de vol d'aliments basiques, les policiers venaient. Puis ils disaient, c'est combien, payaient, passaient un savon à la personne qui avait volé en leur disant : "Maintenant, aller nourrir vos un enfants".

Autre phénomène social au Portugal, on est en train de revoir les baux des logements...

Oui, des logements, des locataires, c'est une mesure que le gouvernement, ni personne, n'avait anticipée. Dans le cadre de cette inflation et d’augmentation des prix, pour le gouvernement, une des mesures, c'était le gel de l'augmentation des loyers, à 2%, avec compensation pour les propriétaires. Et bien pas mal de propriétaires ont profité de cette situation pour casser les baux. Ce n'est pas comme la France. En France, vous avez beaucoup de protections pour les locataires, pas au Portugal, pas dans le reste de l'Europe d'ailleurs.

Au Portugal, on vous change votre bail comme ça ?

Ils le cassent, tout simplement, y mettent fin, et présentent un nouveau bail aux locataires qui sont sur place, avec un prix du loyer extrêmement élevé, que les gens ne peuvent pas payer. Il y a en ce moment 800 familles qui sont menacées d'expulsion, à Lisbonne seule. D'après les associations qui viennent en aide aux personnes en précarité, il paraît que ce ne serait que la pointe de l'iceberg. Et le plus grave, c'est que tout ceci arrive après une année pleine pour le Portugal, 6,5 points de croissance.

Le Portugal commençait à décoller, ça allait mieux, et tout d'un coup, le pays va-t-il retomber ?                               

Vous savez, ce qui arrive au Portugal va arriver dans le reste de l'Europe. N'ayons pas d'illusions. Même pour les pays très riches, même pour un pays comme la France, qui a un matelas de dettes sociales, beaucoup plus épais que les autres pays, ces problèmes d'inflation, de très grande inflation, de récession vont impacter toutes nos économies.

Au Portugal, ça va être d'autant plus grave, parce que nous dépendons du tourisme et des exportations, de ces secteurs qui seront affectés par la conjoncture actuelle. Et c'est donc à l'hiver prochain, 2023/2024 que nous allons vivre le pire, au Portugal, et très certainement en Europe aussi, d'après tous les observateurs.

Mais pour l'instant, le Portugal s'est protégé avec l'Espagne concernant l'énergie par rapport à Bruxelles ? 

Le Portugal et l'Espagne se sont battus déjà, bien avant la guerre en Ukraine, parce que quand on a vu que l'on allait avoir une grande inflation, ils se sont battus pour obtenir une dérogation de sortie de la crise européenne des tarifs d'électricité. Ce qui permet encore à des familles de tenir le coup. Mal, mais de le tenir.

Donc cette embellie qui commençait au Portugal risque de se ternir ? 

La croissance ne dépassera pas les 1,5% pour l'année prochaine. L'inflation sera très élevée, le chômage va augmenter et donc on va avoir un choc. Nous avons l'habitude, mais on va souffrir…    

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