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Micro européen. Allemagne, l’après-Merkel a commencé

Après les affres et les déroutes électorales de la CDU, les conservateurs allemands vont devoir stabiliser leur parti et trouver un candidat à la succession de la chancelière.

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La chancelière allemande, Angela Merkel, avant une conférence de presse organisée à l\'issue de la deuxième journée du sommet extraordinaire du Conseil européen à Bruxelles (Belgique), le 21 février 2020.
La chancelière allemande, Angela Merkel, avant une conférence de presse organisée à l'issue de la deuxième journée du sommet extraordinaire du Conseil européen à Bruxelles (Belgique), le 21 février 2020. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Après le revers cuisant de la CDU aux élections régionales de Hambourg, bastion social-démocrate, ville historique de la Hanse et de Willy Brandt, la CDU, l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne, s’est trouvée en troisième position, soit une défaite impensable.

Ensuite, les ténors de la CDU sont entrés en campagne, le 25 février dernier, en déposant leurs candidatures pour prendre les rênes du parti, qui désignera le 25 avril prochain, à Berlin, le nouveau président de la CDU, devenant de fait candidat à la succession de la chancelière aux élections fédérales de 2021. On l’aura noté, pas de candidature au féminin, cette fois.

Février 2020, le mois "noir" de la CDU  

Notons que ce mois de février n’aura pas été de tout repos pour la CDU, car l’élection de Thomas Kemmerisch à la présidence de la Thuringe, le 5 février dernier, annonçait aussi sa démission le lendemain, le 6, puisque qu’en 24 heures la tempête s’était levée quand les résultats de cette élection montraient que le candidat de la CDU avait bénéficié des voix de l’AfD, le parti nationaliste. Ceci, après que des membres de la CDU, en Thuringe, avaient émis l’éventualité de discussions avec l’AfD, provoquant les foudres de la chancelière allemande, la CDU prenait l’eau…

Le dérapage provoquait la démission de la présidente de la CDU, Annegret Kramp Karrenbauer, la dauphine d’Angela Merkel déclarait forfait, sans oublier qu’elle était contestée au sein du parti depuis des mois, mais demeurant toutefois ministre de la Défense en remplacement d’Ursula von der Leyen, devenue présidente de la Commission européenne. La place devenait vacante à la tête d’un des deux partis conservateurs allemands, la CDU, toujours alliée avec la CSU, les chrétiens-démocrates bavarois.  

Jamais sans la Bavière  

Mais ici, peu importe le résultat final pour la présidence de la CDU, rien ne se fera sans la riche Bavière, avec son parti qui domine la politique bavaroise depuis 70 ans, la CSU. L’Union chrétienne sociale, la CSU, dirigée par Markus Söder, ministre-président de la Bavière qui se voit aussi un destin national à Berlin.

Il faut dire que la Bavière a toujours été considérée différemment en Allemagne, car bien qu’au sud du pays, parler du sud de l’Allemagne correspond à citer le Land de Bade-Wurtenberg, jamais la Bavière, la Bavière restant la Bavière, une entité à part. D’ailleurs, la Bavière a connu durant ces 70 dernières années une existence propre dans la politique allemande, avec des figures politiques de poids, comme Franz Josef Strauß. Ainsi donc, quoiqu’il puisse arriver à la CDU ces prochaines semaines, son destin national est lié à la bavaroise CSU.  

Les candidats CDU d’avril 2020

Au départ ils étaient quatre, puis maintenant trois, soit Armin Laschet, 59 ans, le président de la Westphalie-Rhénanie-du-Nord, un Land créé de toute pièce à la fin de la guerre. Ce Land est le plus peuplé, aussi celui de l’industrielle Ruhr, capitale Düsseldorf, pourvu de Cologne, Aix-la-Chapelle, Bonn et Dortmund, soit un poids lourd économique et industriel en Allemagne.

Ensuite vient le centriste Norbert Röttgen, 54 ans, enfin le très droitier Friedrich Merz, 64 ans, l’ennemi d’Angela Merkel. Friedrich Merz est l’homme de la droite qui veut reconquérir les territoires laissés à l’AfD, Alternative pour l’Allemagne, sans oublier son opposition à l’immigration illégale, provoquée par l’ouverture des frontières en 2015 par Angela Merkel. Enfin, il y avait bien un quatrième homme, Jens Spahn, 39 ans. Ce jeune ministre fédéral de la Santé a préféré s’allier au puissant Armin Laschet, et a retiré sa candidature.  

"Ich glaub’ ich spinne"    

Cette métaphore allemande qui pourrait se traduire par "je n’en crois pas mes yeux", sera peut-être fortement utilisée en avril prochain, quand la CDU verra son nouveau président, ce qui déterminera sa ligne politique. Mais comme rien n’est parfait, et c’est tant mieux, notre invité Henrik Uterwedde, de l’Institut franco-allemand de Ludwisburg nous a aussi éclairés sur une nouvelle volonté politique allemande, à savoir que les Länder, les régions, commenceraient à ne plus vraiment vouloir suivre Berlin.

Il en irait de même des partis politiques nationaux dans leurs fiefs régionaux qui se détourneraient des "lignes nationales" de leurs partis, pour investir dans leurs propres plans régionaux, ce qui nous ramène à la Bavière, car la droite conservatrice allemande, CDU-CSU, devra encore et toujours compter sur la CSU, celle de Markus Söder, un nom à ne surtout pas oublier…  

La chancelière allemande, Angela Merkel, avant une conférence de presse organisée à l\'issue de la deuxième journée du sommet extraordinaire du Conseil européen à Bruxelles (Belgique), le 21 février 2020.
La chancelière allemande, Angela Merkel, avant une conférence de presse organisée à l'issue de la deuxième journée du sommet extraordinaire du Conseil européen à Bruxelles (Belgique), le 21 février 2020. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)