200 milliards pour l'Allemagne : la dernière chance d'Olaf Scholz ?

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L'Etat allemand qui donne 200 milliards d'euros face à la crise, est-ce une forme de concurrence déloyale ?

Article rédigé par
José-Manuel Lamarque - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Le chancelier allemand Olaf Scholz lors de la conférence de presse avec le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, le 1er décembre 2022 à Berlin. (Illustration) (CLEMENS BILAN / EPA / MAXPPP)

Micro européen se penche aujourd'hui sur l’Allemagne avec Kai Littmann, le directeur d’eurojournalist.eu. L'Allemagne va investir 200 milliards d'euros dans l'industrie, et pour les ménages.

franceinfo : C’est un peu de la concurrence quand même ? 

Kai Littmann : C'est carrément de la concurrence. C'est un grand pas de l'Allemagne hors de l'Union européenne, car il faut quand même être réaliste. Il n'y a pas beaucoup de pays en Europe qui peuvent se permettre d'investir 200 milliards d'euros pour une opération, qui, en plus, limitée dans le temps, pour adoucir un peu les conséquences de cette pénurie d'énergie.

Il faut dire aussi que les autorités allemandes envoient des messages partout en disant attention, attention, ce n'est pas une concurrence anti-européenne. Vous comprenez, ne prenez pas ça mal...

Dans la mesure où effectivement, comme vous l'avez dit, cette mesure concerne aussi l'industrie, PME, PMI, évidemment, c'est une concurrence.

Et IG Metall, le syndicat de la métallurgie avec le patronat, ont pris une décision, c'est l'augmentation des salaires dans ce secteur de plus de 6%, ça fait beaucoup…

Il y a beaucoup de secteurs actuellement où les salariés veulent avoir leur part du gâteau. Dans l'industrie pétrochimique c'est pareil, partout où les entreprises ont gagné beaucoup plus d'argent que normalement, les salariés veulent leur part du gâteau. Donc quelque part, c'est compréhensible. Et en même temps, dans une situation ou tout ce qu'on fait se passe à crédit, ce n’est peut-être pas non plus la bonne décision.

Il faut dire aussi que l'Allemagne a su conserver et garder son industrie ?

Oui, tout à fait. On a investi beaucoup d'argent. On appelle cette mesure actuelle le dopple wumms, le double wumms, c'est une expression du chancelier Olaf Scholz, un wumms c’est un clash, un clash de deux voitures qui se rentrent dedans par exemple, donc le double clash. Le premier, c’était le wumms en 2020 avec un investissement de 130 milliards d'euros pour parer aux conséquences de la pandémie, et maintenant c’est le dopple wumms, donc double wumms, et là ce n’est plus 130 milliards mais 200 milliards d’euros.

Et dès le 1ᵉʳ janvier prochain, l'augmentation de l'énergie en Allemagne, c'est plus de 50%.

Entre 50 et 70%, il y a plus de 300 fournisseurs d'énergie qui vont appliquer cette hausse, et c'est là qu’est mis en route le bouclier, qui est extrêmement compliqué, et qui favorise effectivement les foyers pendant un certain temps, qui favorise aussi l'industrie, les PME, PMI. Mais il ne faut pas oublier, c'est seulement pour un certain temps. Et si, par exemple, la situation en Ukraine ne devait pas changer pendant l'année 2023, il n'y aura pas assez d'argent pour faire un triple wumms…

On appelle ça en français une poire pour la soif….

C'est un peu ça. À vrai dire, en Allemagne, personne ne comprend comment ça va fonctionner. Par exemple, le bouclier de l’électricité qui se situe à 12 cents par kilowattheure pour les foyers, mais seulement pour 80% de la consommation de l'année précédente. Donc pour calculer le vrai prix, pour les 20% qui restent, je pense que ça va créer beaucoup, beaucoup d'emplois en Allemagne, dans l'administration et cela deviendra totalement chaotique.

C'est la raison pour laquelle aujourd'hui, les Allemands sont très inquiets, il faut le dire...

Ils sont très inquiets, aussi à cause de leur situation géographique. Il ne faut pas oublier que l'Allemagne est un pays voisins de la Pologne, la Pologne qui rentre de plus en plus dans le collimateur de tout ce qui se passe autour de cette guerre en Ukraine. Effectivement, il y a beaucoup de soucis en Allemagne, mais le plus grand souci, comme l'a montré un sondage récent, c'est effectivement la peur de ne plus faire face aux frais de la vie courante, et donc de tomber dans la précarité, ce qui est quelque chose qui attend certainement une bonne partie de la population allemande.

Les Allemands se souviennent de 1919, 1929, 1945, c'est-à-dire la ruine…

Oui, on connaît cette situation. On a peur effectivement de revivre ça, et ça va se traduire par des tensions sociales.

Qui dit tensions sociales, dit la montée du parti nationaliste AfD…

Oui, à chaque sondage, ils grappillent quelques points. Ils ont définitivement le vent en poupe, mais il faut quand même souligner qu’ils ne font pas de déclarations et ne proposent rien pour sortir de ces crises. Ils se taisent et montent dans les sondages.

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