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Le binge watching est-il vraiment déraisonnable ?

Le "binge watching" ou marathon de projection de séries n'est pas une pratique aussi neuve qu'on le croit. Liée à l'évolution technique, elle s'est développée avec le streaming et internet. Loin d'étourdir le spectateur, elle constitue une pratique visant à hiérarchiser de manière qualitative les fictions télévisées.
Article rédigé par France Info
Radio France
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  (© Maxppp)

La multiplication des écrans (télévision, tablette, ordinateur, smartphone) a accentué la consommation de fictions télévisées. Certains spectateurs ont abandonné les rendez-vous hebdomadaires pour se lancer dans des séances marathons, regardant un grand nombre d'épisodes d'affilée jusqu'au bout de la nuit. Ce phénomène porté par des séries feuilletonnantes, à fort suspense, comme 24 Heures Chrono ou Lost , a été baptisé "binge watching ", expression héritée du "binge drinking ", pratique consistant à boire une grande quantité d'alcool en un minimum de temps afin de s'étourdir.

Le phénomène qui s'est popularisé ces dernières années est pourtant bien plus ancien qu'il n'y paraît. Il a débuté à la fin des années 90 avec la possibilité d'une projection décalée et choisie qu'offraient des progrès technologiques comme la VHS, le DVD voire le DivX. Internet et le streaming n'ont fait qu'accentuer et populariser cette tendance.

Le binge watching n'a pas très bonne presse car il serait à première vue le symptôme d'un comportement incontrôlé et peu raisonnable, de nature à réduire la sociabilité des spectateurs, à les isoler de plus en plus. L'idée est que toute consommation sans modération trahit une forme plus ou moins aiguë de pathologie et exige un traitement pour désintoxiquer celui qui en souffre.

Les gros consommateurs de séries ne s'adonnent pas à cette pratique pour des fictions dont l'intérêt est faible voire réduit. Le binge watching se pratique en priorité avec des fictions capables de supporter ce type de projection en raison même de leur structure, de leur complexité, de l'intensité de leur scénario, des séries qui ont exigé un travail créatif particulier lors de leur production.

De plus, le binge watching n'exclut pas une consommation alternative plus classique avec le respect des rendez-vous hebdomadaires. Le binge watcher peut pratiquer les marathons mais il est également capable d'attendre, d'éprouver la frustration liée à l'absence, il recherche également le plaisir que provoque la rareté.

Il se révèle alors d'une exigence (en raison de sa connaissance étendue du sujet) particulièrement forte. Il attend d'une série qu'elle satisfasse certains critères narratifs, certains traitements de sujets. Le binge watcher est paradoxalement un consommateur exigeant, bien différent du spectateur moyen qui se contente des programmes de flux calibrés, prêts à consommer et peu imaginatifs que proposent encore les chaînes.

En creux, le binge watching est une évolution de la consommation qui fait évoluer en retour la télévision en l'obligeant à proposer d'importantes quantités de récits avec une qualité suffisante.

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