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Tunisie : l'université sous la pression des islamistes

En Tunisie, l'université et la science sont sous la pression des islamistes. Des groupes religieux veulent empêcher les enseignants et les étudiants de travailler en toute liberté. Avec nous pour en parler, Agathe Logeart, journaliste, et Faouzia Farida Charfi, universitaire tunisienne.

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Agathe Logeart , journaliste au Nouvel Observateur,
vient de publier une enquête sur "l'homme qui a fait reculer les salafistes" .
Il s'agit de Habib Kazdaghli, le doyen de l'université de la Manouba à Tunis. Alors
que des étudiantes en niqab l'accusaient de violences, il a été acquitté. "Il
encourait cinq ans de prison"
explique la journaliste qui parle de "coup
monté"
basé sur des certificats médiaux suspects.

Pour Faouzia Farida Charfi , professeur
d'université et membre fondateur du Pôle Démocratique et Moderniste, cette
histoire est importante "parce qu'elle remet en cause la liberté
académique, l'autonomie de l'université. Et c'est ce que veut le pouvoir
actuel. Depuis les élections en Tunisie du 23 octobre 2011, la majorité
relative à l'Assemblée est une majorité islamiste qui, aujourd'hui, favorise que
l'on puisse toucher à l'université"
.

Dans ce cas, précis, "il s'agit de militants
politiques au service de partis qui veulent imposer un Etat théocratique"
.
Dans l'université, ils demandent que "les jeunes filles en niqab
puissent passer les examens sans dévoiler leur identité, donc sans se dévoiler.
Ils vont toucher aussi à l'espace du savoir. Certaines disciplines ne seront
plus enseignées comme le département d'islamologie"
.

Agathe Logeart ajoute que si, à la Manouba, les examens se
sont déroulés correctement, "à la fac des sciences de Tunis, il y a, de
nouveau, une occupation par des salafistes et des jeunes femmes complètement
voilées."
Elle ajoute qu'elle a rencontré Mohamed Bakhti, le chef des
"sittiners" –mort depuis d'une grève de la faim en prison - qui se revendiquait d'Al-Qaïda.

Dans son livre, La science voilée chez Odile Jacob, Faouzia
Farida Charfi évoque le renforcement de la grande mosquée, la Zitouna, face à l'université
laïque libre. "Depuis l'indépendance, Bourguiba a créé l'université
tunisienne et a ramené dans ce cadre la Zitouna. Elle a été transformée en
université de théologie. Mais, aujourd'hui, la Zitouna a été prise en main par
un imam qui veut avoir la mainmise sur cet espace pour véhiculer un islam
rigoriste. Cela signifie que l'on ne va pas enseigner la science mais les 'miracles
scientifiques du Coran'. Et dans cette vision orthodoxe, le doute n'est pas
permis."

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