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Meriem Ben Mohamed, violée par des policiers tunisiens : "Je veux la justice"

En septembre 2012, une jeune femme a été violée par des policiers dans la banlieue de Tunis. C'était en pleine nuit. Meriem Ben Mohamed était en voiture, avec son fiancé, dans un coin tranquille. Trois fonctionnaires sont arrivés. L'un d'eux a éloigné le jeune homme pour le racketter. Les deux autres ont violé Meriem Ben Mohamed. Depuis, elle se bat pour faire condamner ses agresseurs. Témoignage.

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Meriem Ben Mohamed est une victime mais elle doit affronter le soupçon, les critiques. Beaucoup de
Tunisiens considèrent qu'elle n'avait rien à faire dehors, en pleine nuit. Elle publie cette semaine un livre : Coupable d'avoir été
violée
, aux éditions Michel Lafon. 

Après son viol elle se présente au commissariat pour porter
plainte. Elle est très mal reçue. Les policiers qui l'accueillent refusent de
la croire. Ils n'admettent pas que d'autres policiers ont commis des viols.

"Ils étaient presque tous contre moi. Ils m'ont très
mal traitée. Ils n'arrêtaient pas de me dire : arrête ton cinéma. Mais la responsable locale de la police m'a convoquée dans son bureau pour me dire de ne pas
laisser tomber.
"

Des heures de calvaire

Pendant des heures, Meriem Ben Mohamed doit raconter son
histoire. Au commissariat, elle n'est pas seule. Ses agresseurs sont presque
toujours à côté d'elle. Ils la suivent. Ils la harcèlent. Ils font pression
pour qu'elle ne porte pas plainte.

"Quand je les ai croisés ils n'arrêtaient pas de me
supplier de ne pas porter plainte. L'un d'entre eux m'a dit qu'il allait se
marier. L'un des mes violeurs a dit à mon fiancé que j'étais une trainée.
"

Une affaire d'Etat

Deux mois de pression intense et aussi de pression
médiatique, car le crime subi par la jeune femme devient une affaire d'Etat.
Les medias s'y intéressent. Le pays est divisé. Faut-il croire Meriem Ben
Mohamed ? Des avocats, des associations volent à son secours. Des
manifestations sont organisées. La justice envisage de la poursuivre pour "atteinte aux bonnes moeurs". Beaucoup estiment que la jeune femme n'avait rien à faire dehors en pleine nuit. Finalement, ces poursuites sont abandonnées. La jeune Tunisienne remporte une
première victoire.

L'anonymat

Elle est devenue un symbole. Toute la Tunisie parle de son
affaire. Pourtant, Meriem Ben Mohamed choisit de rester anonyme. Elle ne veut
pas devenir une icone. Au début, elle cache même à son entourage ce qui lui est
arrivé.

"Mon père n'est pas au courant. Il a des doutes mais
il n'est pas au courant.
" C'est notamment pour cette raison qu'elle a
publié son livre sous un pseudonyme et parce que les tunisiens ne connaissent
pas son visage. "J'ai peur des policiers, je n'ai plus confiance en eux. Ils
se permettent de tout faire parce qu'ils pensent qu'ils ne seront pas punis.
"

La peur de sortir

La peur, c'est un mot qui revient souvent dans le récit de
Meriem Ben Mohamed. Peu de gens réussissent à la rassurer. Le président
tunisien, Moncef Marzouki, a reçu la jeune femme. Il lui a présenté les excuses
officielles de l'Etat. Il sait que les femmes sont de moins en moins à l'aise
en Tunisie.

Pour la jeune femme, c'est une évidence. Depuis la
Révolution, et depuis que les islamistes d'Ennahda sont au gouvernement, le
climat a changé. Même dans la rue.

"Quand on ne répond pas aux garçons qui essayent de
nous draguer ils nous disent des gros mots, ils nous insultent. Ce n'était pas
comme cela avant. On a peur maintenant de sortir.
"

L'espoir

Meriem Ben Mohamed attend maintenant le procès de ses agresseurs.
Ils n'ont toujours pas été jugés.

"Ils vont être condamnés, c'est ce que l'avocat m'a
dit. Ils risquent la peine de mort et vingt ans de prison. Ma vie dépend
de leur condamnation.
"

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