VRAI OU FAUX. 60% des oiseaux des champs ont-ils disparu en Europe ces 40 dernières années, comme l’affirme Marine Tondelier ?

La secrétaire nationale des Ecologistes Marine Tondelier a affirmé sur Sud Radio que "60% des oiseaux des champs ont disparu en Europe depuis 40 ans". C’est vrai, d’après une étude publiée en mai 2023. Toutes espèces confondues, l’Europe a perdu un quart de ses oiseaux.
Article rédigé par Lise Roos-Weil
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Un rouge-gorge en Ecosse, en octobre 2023 (FLORIAN LAUNETTE & MEGANE CHENE / MAXPPP)

"Quand je vois que 60% des oiseaux des champs ont disparu en Europe depuis 40 ans, je n’ai pas envie d’être rassurée", a répondu la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, à une question posée par Jean-Jacques Bourdin sur Sud Radio, jeudi 18 janvier. 60% des oiseaux des champs ont-ils vraiment disparu sur notre continent en 40 ans ?

C’est vrai, 56,8% exactement des oiseaux des champs ont disparu en Europe entre 1980 et 2016, d’après une étude publiée le 15 mai 2023 dans la revue scientifique américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas). Ces travaux ont été dirigés par deux scientifiques du CNRS et un doctorant de l’Université de Montpellier. En tout, 50 chercheurs ont compilé 37 ans de données, sur 20 000 sites de suivi écologique, dans 28 pays européens, et pour 170 espèces d’oiseaux différentes.

Les oiseaux des champs, qui vivent exclusivement dans les milieux agricoles, ne représentent qu’un oiseau sur dix en Europe, nous précise Vincent Devictor, l’un des chercheurs du CNRS qui a dirigé l’étude. Mais si l’on prend en compte toutes les espèces qui dépendent des milieux agricoles, qui vivent en lisière des champs notamment, elles représentent environ 20% du total des oiseaux sur le continent.

Toutes espèces confondues, un quart des oiseaux en moins

Toutes espèces confondues, on a perdu un quart des oiseaux en Europe en 40 ans, selon les résultats de l’étude. Cela représente 800 millions d’oiseaux. Les données sont variables en fonction des espères : 18% des oiseaux forestiers ont disparu et 28% de ceux que l’on trouve en ville.

Certaines espèces ont été décimées. Le bruant ortolan par exemple, qui vit dans les champs : 90% d’entre eux se sont volatilisés. 58% des alouettes des champs, avec leur chant reconnaissable, ont disparu. En ville, perchés sur les arbres ou sur les rebords de nos fenêtres, les moineaux domestiques sont moins nombreux : on en a perdu 64% en 40 ans en Europe.

L'agriculture intensive, principale cause de ce déclin

L’agriculture intensive est la principale cause avancée par les chercheurs pour expliquer ce déclin massif des oiseaux sur le continent. À cause de l’augmentation de l’utilisation des engrais et des pesticides, certains oiseaux meurent après avoir ingéré ces produits nocifs. Les insectes sont aussi tués, les oiseaux ne peuvent donc plus se nourrir et finissent par disparaître.

L’agrandissement des parcelles et la suppression des haies ou des mares modifient aussi l’environnement dans lequel évoluent les oiseaux : ils ne peuvent plus faire leurs nids, pour se reposer, et se retrouvent fragilisés. Les oiseaux des champs sont les plus touchés par ces modifications de leur environnement, puisqu’ils évoluent dans la campagne, mais "toutes les espèces dépendent des insectes, même en ville ou en forêt, c’est leur socle", insiste Vincent Devictor.

Autre facteur important pour expliquer le déclin des oiseaux : l’augmentation des températures. Elle rend la nourriture plus rare et perturbe les migrations notamment. Toutes les espèces en pâtissent.

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