Cet article date de plus d'un an.

Pourquoi doit-on se méfier des graphiques alarmants sur l'épidémie de coronavirus 2019-nCoV

écouter (2min)

Certains messages prédisent des centaines de milliers de morts, voire même des millions. 

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Capture écran de plusieurs messages sur twitter.  (CAPTURE ECRAN TWITTER)

Depuis plusieurs jours, on voit fleurir sur les réseaux sociaux de nombreux graphiques et courbes plus alarmants les uns que les autres sur le coronavirus 2019-nCoV. L'un des messages prédit même jusqu'à sept milliards de personnes infectées et 200 millions de morts. Ce genre de calcul est inexact et la cellule Vrai du faux de franceinfo vous explique pourquoi. 

Parce qu'on ne sait pas qui a fait ces calculs 

Les tableaux qui circulent ont tous un point commun : on ne sait rien sur qui a fait le calcul, à quel moment et s'il est fiable. On remarque d'ailleurs qu'entre deux graphiques les écarts sont parfois très importants. Un message prédit que quasiment la planète entière va être touchée lorsqu'un autre estime que ce sera plutôt plusieurs centaines de milliers de personnes.

Il n'y a rien de scientifique dans ces données qui sont souvent des captures écran d'un document Excel. Ce logiciel de bureautique ne permet d'ailleurs pas de réaliser ce genre de modélisation. 

Parce que ces données ne sont jamais une prédiction 

N'importe quel scientifique vous le dira, jamais une modélisation ne pourra prédire l'avenir. Pour être fiable, ce genre de tableau doit être remis régulièrement à jour. Par exemple, si on fait une projection au début de l'épidémie, avant que des mesures de quarantaine soient prises, les premières données pourraient alors laisser apparaître une contagion rapide. Cependant, après que des mesures de confinement sont prises, les scientifiques vont alors refaire une nouvelle projection et là, les chiffres seront forcément différents car il y a une volonté de "casser l'épidémie". 

Ce type de tableau permet uniquement de dégager des tendances. Il s'agit d'un document de travail pour anticiper au mieux l'évolution de l'épidémie. Ces modélisations permettent de voir si elle va s'enrayer, ou alors s'il faut, par exemple, mobiliser plus de lits dans les hôpitaux. 

Parce qu'on ne connaît pas encore assez le virus

Pour obtenir une modélisation fiable, la règle est simple : plus on connaît le virus, plus les hypothèses seront proches de la réalité. Aujourd'hui, on est encore en début d'épidémie, il y a beaucoup d'incertitudes et donc une marge d'erreur importante. C’était déjà le cas en 2009, au début de la grippe H1N1. À l'époque, la mortalité avait été surestimée explique à franceinfo le virologue Bruno Lina. "Lorsque la pandémie avait commencé, on avait des données préliminaires qui étaient extrêmement inquiétantes en terme de mortalité. Au bout du compte, l'impact avait été jusqu'à 100 fois inférieur à ce qui avait été imaginé en Europe."

Même si des scientifiques du monde entier affinent en ce moment leurs projections, aucun document ne pourra prédire avec précision la suite de l'épidémie. Et surtout pas les graphiques simplistes trouvés sur les réseaux sociaux. 

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.