Le vrai du faux. L'ultradroite est-elle la principale menace terroriste en France ?

C'est ce qu'a assuré Aymeric Caron, le député Nupes de Paris, lundi 5 juin sur Sud Radio, mais ce n'est pas vrai, l'ultradroite est seulement la deuxième menace terroriste, après l'islamisme.
Article rédigé par franceinfo - Armêl Balogog
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Manifestation de divers groupes d'extrême droite à Paris en hommage a Jeanne d'Arc, le 9 avril 2010. (CHRISTOPHE PETIT TESSON / MAXPPP)

Quel est l'état de la menace terroriste en France ? Interrogé à ce sujet, et plus précisément sur le poids de la menace d'ultradroite, le député Nupes de Paris Aymeric Caron a affirmé lundi 5 juin sur Sud Radio que, "depuis le meurtre de Clément Méric [jeune antifascite tué en juin 2013 lors d'une rixe avec des militants d'extrême-droite], cette menace n'a cessé de grandir et aujourd'hui les spécialistes du renseignement nous disent que la menace liée aux groupuscules d'extrême droite est la principale menace terroriste dans ce pays". Est-ce correct ?

Le terrorisme islamiste toujours en tête des préoccupations

Non, c'est faux. Franceinfo a pu confirmer de source proche que ce n'est pas ce que pensent les renseignements. Le ministère de l'Intérieur l'a reconfirmé à franceinfo par ailleurs. Comme l'indiquent plusieurs rapports, dont la dernière note du Centre de recherche de l'école des officiers de la gendarmerie nationale (Creogn), "la mouvance jihadiste reste la menace terroriste principale sur le territoire national".

Le président du Centre d'analyse du terrorisme, Jean-Charles Brisard, a corrigé le député Nupes sur Twitter, lui répondant que "depuis 2017, 100% des attentats étaient d'inspiration islamiste, comme 80% des projets d'attentats déjoués, contre 18% pour l'ultradroite et 2% pour l'ultragauche".

De fait, si l'ultradroite a commis des violences ces dernières années, elle n'a pas commis d'acte qualifié de terroriste par la justice, alors que 22 attentats islamistes ont été perpétrés sur le territoire depuis 2013, selon le ministère de l'Intérieur. Quant aux attentats déjoués, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin en a donné les chiffres lors d'une interview à RMC en avril, qui sont toujours valables en ce mois de juin, selon les informations de franceinfo. Depuis 2017, 41 attentats islamistes ont été déjoués par les autorités, contre neuf pour l'ultradroite – dont un projet d'assassinat contre Emmanuel Macron en 2018 - et un seul pour l'ultragauche.

L'ultradroite, première menace terroriste dans d'autres pays

L'erreur d'Aymeric Caron vient d'une lecture un peu rapide d'un article du Point de février dernier, qui reprenait des extraits d'une interview du patron de la Direction générale de la sécurité intérieur (DGSI), Nicolas Lerner, au magazine Emile

Dans cette interview, le patron des renseignements intérieurs commence par dire que la menace islamiste "reste une préoccupation majeure". Il est ensuite questionné sur la menace d'ultradroite et répond que "nombre de démocraties occidentales considèrent que la menace d'ultradroite, suprémaciste, accélérationniste, est aujourd'hui la principale menace à laquelle elles sont confrontées". Nicolas Lerner cite pour exemple l'attentat d'un suprémaciste blanc contre des musulmans à Christchurch en Nouvelle-Zélande en mars 2019, la tuerie raciste qui a visé la communauté afro-américaine de Buffalo aux Etats-Unis en mai 2022 ou encore l'attaque contre deux bars à chicha à Hanau en Allemagne en février 2020. 

Et ensuite, seulement, il ajoute que "la France, comme toutes les démocraties, est exposée à cette même menace, dont la prévention mobilise activement les services de renseignements". Mais il ne dit pas que c'est leur première source de préoccupation.

Une menace terroriste d'ultradroite de plus en plus forte

Ce que l'on peut néanmoins concéder au député parisien, c'est que la menace terroriste d'ultradroite est en pleine expansion et qu'elle inquiète de plus en plus les renseignements comme les autorités, alors que la menace islamiste tend à s'amoindrir – même si Gérald Darmanin craint une "reprise" lors des Jeux olympiques et paralympiques de 2024.

Si près de 6 000 personnes sont fichées dans le cadre de la prévention de la radicalisation terroriste islamiste, plus de 1 000 affiliés à l'ultradroite sont aussi surveillés à présent, selon les informations de franceinfo.

Le dernier rapport d'Europol sur l'état de la menace terroriste en Europe publié en 2022 montre clairement ces deux tendances, à la fois la baisse de la menace islamiste tout en restant à un niveau élevé et l'augmentation de la menace d'ultradroite, à travers le recensement des interpellations dans le cadre d'enquêtes antiterroristes. Les arrestations liées à l'islamisme ont diminué, passant de 202 en 2019 à 99 en 2020 puis 96 en 2021. À l'inverse, les arrestations liées à la mouvance d'ultradroite ont augmenté, passant de 7 en 2019, à 5 en 2020 puis 29 en 2021.

Ce rapport montre aussi que la menace terroriste d'ultradroite est bien plus prégnante que celle d'ultragauche, contrairement à ce que peuvent laisser entendre l'expression "éco-terrorisme", popularisée par le ministre de l'Intérieur et d'autres membres du gouvernement qui renvoient ultradroite et ultragauche dos à dos. En 2019, aucun membre de l'ultragauche n'a été interpellé dans le cadre d'une enquête antiterroriste. Onze l'ont été en 2020 et le chiffre est retombé à trois en 2021. Si elle commet parfois des violences, l'ultragauche ne représente pas une menace terroriste aussi grande que l'ultradroite. D'ailleurs, un seul attentat d'ultragauche a été déjoué depuis 2017, selon le ministère de l'Intérieur.

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