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Covid-19 : très peu de victimes à Monaco malgré l'ouverture de tous les restaurants ?

La situation épidémique dans la principauté de Monaco est utilisée comme un contre-modèle de la France sur les réseaux sociaux. Mais le constat est à nuancer.

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Depuis le 2 janvier, l’accès aux restaurants est limité aux seules personnes justifiant d’une résidence ou d’un travail à Monaco (illustration).
Depuis le 2 janvier, l’accès aux restaurants est limité aux seules personnes justifiant d’une résidence ou d’un travail à Monaco (illustration). (JEAN FRAN?OIS OTTONELLO / MAXPPP)

Un tweet viral publié le 3 janvier s’interroge sur l’évolution de la pandémie à Monaco, qui ne compte à ce jour que 4 décès liés au Covid-19, pour 907 contaminations. "Ça n'interpelle personne ?", peut-on lire dans ce message. Des propos qui font écho à ceux tenus par le président du parti Les Patriotes, Florian Philippot, lors d’une intervention sur CNews le 31 décembre. Comment expliquer que la principauté compte si peu de décès dus à la pandémie, malgré une population plus âgée et plus dense qu’en France ?

Pas de confinement, mais un couvre-feu et des mesures strictes

Si le tweet en question indique à raison qu’il n’y a pas de confinement à Monaco, il oublie de préciser qu’un couvre-feu est instauré dans la principauté de 20h à 6h. Des dérogations à ce couvre-feu existent, pour des motifs similaires à ceux de la France. Une dérogation est également prévue pour les restaurants, les salles de jeu et de spectacle jusqu’à 21h30. Ces établissements sont autorisés, tout comme les salles de sports et les hôtels, à rester ouverts en cette période de crise sanitaire.

Depuis le 2 janvier, l’accès aux restaurants est limité aux seules personnes justifiant d’une résidence ou d’un travail à Monaco. Les tables doivent être séparées d’au moins 1,5 mètre, et les clients ont l’obligation de réserver. Les tablées sont limitées à 6 personnes, et les bars sont quant à eux fermés. Les mesures prises pour faire face à la pandémie sont donc plus souples qu’en France, mais le respect des gestes barrières reste strictement encadré.

"Pas de masque en extérieur", peut-on lire dans le tweet. Une affirmation erronée puisque le port du masque est obligatoire sur l’ensemble de l’espace public, ainsi que dans tous lieux clos ouverts au public et parties communes des espaces privés. Le télétravail est fortement recommandé dans le secteur privé et public.

La principauté veille également à pouvoir dépister sa population de manière rapide et efficace. C’est dans ce but qu’un nouveau laboratoire a été inauguré le 16 novembre dernier au Centre Scientifique de Monaco. Il abrite un appareil du nom de Cobas 6800, qui permet d’accélérer la cadence des analyses PCR, avec 400 analyses quotidiennes. Depuis le 23 novembre, les tests PCR ont été doublés dans le principal centre de dépistage. Outre les tests PCR et antigéniques, la principauté expérimente aussi depuis la fin décembre le test salivaire.

Moins de transports en commun et plus de salariés étrangers

Monaco est une ville très densément peuplée, avec 18 861 habitants au km2. Sa population est plus vieille qu’en France puisque l’âge médian y est de 46,8 ans, contre 41,1 en France. Deux caractéristiques à priori désastreuses face à l’épidémie de Covid-19, mais contrées par le fait que les habitants de la principauté se retrouvent moins dans des situations de contacts rapprochés et dangereux.

Sur ses 38 100 résidents, Monaco compte 46% de salariés et seuls 12,9% d’entre eux effectuent leurs déplacements domicile-travail dans les transports en commun. Un taux proche de celui de la France où, en 2015, 16% des salariés empruntaient les transports en commun pour aller au travail, au niveau national. En revanche, dans les cinq premières villes de France en nombre d’habitants, avec des densités de population allant de 3 500 à 21 000 habitants au km2, le taux d’utilisation des transports en commun bondit. Il est compris entre 30% et 69% dans ces cinq métropoles.

La principauté compte également un grand nombre de travailleurs étrangers, majoritairement Français, qui ne vivent pas à Monaco. Le secteur privé représente, en 2019, 53 091 salariés à Monaco. Parmi ces salariés, 79,2% vivent en France. Difficile de dire si, en cas de contamination, ces personnes iront se faire soigner dans la principauté ou en France, près de leur domicile. Rappelons pour conclure que, en 2016, Monaco comptait dans son parc immobilier 4% de résidences secondaires et 7,4% de logements vacants.

Depuis le 2 janvier, l’accès aux restaurants est limité aux seules personnes justifiant d’une résidence ou d’un travail à Monaco (illustration).
Depuis le 2 janvier, l’accès aux restaurants est limité aux seules personnes justifiant d’une résidence ou d’un travail à Monaco (illustration). (JEAN FRAN?OIS OTTONELLO / MAXPPP)