Covid-19 : non, Pfizer ne recommande pas aux femmes enceintes ou allaitantes de ne pas se faire vacciner

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Plusieurs publications sur les réseaux sociaux, partagées plusieurs milliers de fois, indiquent que Pfizer vient de recommander aux femmes qui vont allaiter de ne pas se faire vacciner. C'est faux.

Article rédigé par
Antoine Deiana - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Non Pfizer ne dit pas aux femmes enceintes qui allaitent de ne pas se faire vacciner. (ARTMARIE / E+)

Plusieurs publications sur les réseaux sociaux, partagées plusieurs milliers de fois, indiquent que Pfizer ne recommande pas son vaccin en cas d'allaitement. Le 4 mai dernier, dans l'émission Touche pas à mon poste !, Marc Doyer, invité pour parler de sa femme décédé la veille de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, a déclaré ceci : "Vous avez, il y a quelques jours, Pfizer qui dit qu’il ne faut pas vacciner les femmes qui vont allaiter alors qu’il y a trois ou quatre mois, le ministre de la Santé est tout fier à la télé de vacciner une femme enceinte". 

Toutes ces informations sont sorties de leur contexte et sont donc fausses.

Un document de décembre 2020 de l'agence britannique de régulation du médicament 

Pour dire cela, toutes ces personnes se reposent sur la capture d'écran d'un document présenté comme "publié par Pfizer". L'auteur de l'une des publications explique que cette capture d'écran vient des documents "déclassifiés par Pfizer". Depuis début janvier, un juge fédéral du Texas a ordonné à la Food and Drug Administration (FDA) de rendre public l'ensemble des données sur lesquelles la FDA s'est reposée pour homologuer le vaccin Pfizer contre le Covid-19. Une partie de ces données sont en libre accès sur internet et s'accompagnent régulièrement d'analyses souvent fausses et sorties de leur contexte sous le hastag "PfizerGate". 

On lit sur cette capture d'écran que "pour les femmes en âge de procréer, une grossesse doit être exclue avant la vaccination et qu'il est déconseillé aux femmes en âge de procréer d'éviter une grossesse pendant au moins deux mois après leur deuxième dose". Concernant l'allaitement, il est indiqué qu'on "ne sait pas si le vaccin ARNm COVID-19 BNT162b2 est excrété dans le lait maternel et qu'un risque pour les nouveau-nés et nourrissons ne peut être exclu, donc le vaccin ne doit pas être utilisé pendant l'allaitement."

Cette capture d'écran est tirée d'un document rédigé par les autorités britanniques de régulation du médicament au moment de l'entrée sur le marché du vaccin Pfizer au Royaume-Uni, le 8 décembre 2020. A ce moment-là, cette catégorie de la population n'était tout simplement pas éligible à la vaccination. Les femmes enceintes ne faisaient en effet pas partie des essais cliniques et face au manque de données, il était encore impossible de recommander leur vaccination de manière sûre. Par exemple, en France, la Haute autorité de Santé (HAS) avait décidé, dans un premier temps, de pas inclure les femmes enceintes dans sa campagne vaccinale "en raison de l'absence de données sur cette population". Pour retrouver le document d'origine, partagé en ce moment sur les réseaux sociaux, nous avons utilisé la "WaybackMachine", un site qui archive les pages internet modifiées ou supprimées.

Il est aujourd'hui fortement recommandé aux femmes enceintes de se faire vacciner

Depuis les autorités britanniques ont modifié leur document d'information concernant le vaccin produit par Pfizer. Dans la dernière version, du 5 mai 2022, on y lit "que l'administration du vaccin ARNm COVID-19 BNT162b2 pendant la grossesse ne doit être envisagée que lorsque les avantages potentiels l'emportent sur les risques potentiels pour la mère et le fœtus." Concernant l'allaitement maternel, il est indiqué qu'on "ne sait pas si le vaccin à ARNm COVID-19 BNT162b2 est excrété dans le lait maternel." On ne retrouve donc plus de contre-indication de la vaccination pendant la grossesse et l’allaitement, tout comme le risque potentiel pour l’enfant.

Les autorités sanitaires britanniques, comme la majorité des autorités sanitaires mondiales, mettent à jour leurs recommandations en fonction de l'évolution des données qui leur sont remontées. Par exemple, actuellement, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) indique que "la vaccination d’une mère allaitante contre le COVID-19 ne présente aucun risque pour son enfant" et qu’elle "pourrait même contribuer à protéger leur bébé d’une infection par le virus". En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) recommande aussi de vacciner les femmes enceintes et allaitantes et indique qu’"à ce jour, aucun signal n’a été identifié chez les femmes enceintes et allaitantes avec l’ensemble des vaccins contre le Covid-19 disponibles en France".

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