Le vrai du faux numérique, France info

L'étrange affaire du restaurant cannibale nigérian

Depuis la diffusion de la nouvelle samedi dernier par la BBC, l'histoire a été partagée à des dizaines de milliers de reprises : un restaurant nigérian a dû fermer ses portes parce qu'il servait de la viande humaine. Sauf que l'histoire est fausse.

(Photo d'illustration : des crânes découverts dans une grotte indonésienne en mai dernier © Maxppp)

Tout est parti d'un article publié samedi dernier par le service swahili de la BBC : un restaurant de la ville d'Onitsha, au sud-est du Nigéria, a été fermé et détruit après avoir servi de la viande humaine à ses clients. Sur place, les policiers auraient découvert trois têtes sanglantes dans des sacs plastiques et de la chair dans la cuisine. Des Kalachnikovs et des munitions auraient également été découverts. L'article précise que onze personnes ont été arrêtées.

Une histoire reprise par des dizaines de médias à travers le monde, dont The Telegraph , l'édition suisse de 20 minutes ou encore TF1. Résultat : l'histoire a été massivement partagée sur les réseaux sociaux ces dernières heures. 

Sauf que... 

Dès le lendemain de la publication de l'article, le journal nigérian Punch publie une déclaration d'un responsable de la police de l'Etat d'Anambra, où se trouve l'établissement cité : "Il n'y a rien eu du genre. Je vous conseille d'ignorer cette histoire. Ce n'est pas vrai. Nous n'avons aucun dossier... c'est embarrassant ". 

Deux jours après la publication de l'article, la BBC publie un démenti en anglais et en langue swahili : "L'histoire sur le restaurant nigérian que nous avons publiée est une erreur et nous présentons nos excuses. Elle est incorrecte et a été publiée sans les vérifications nécessaires. Nous avons lancé une enquête interne pour comprendre comment cela est arrivé ".

Mais d'où vient cette histoire ? 

Une rapide recherche sur Google permet d'abord de voir que l'histoire du restaurant cannibale n'est franchement pas récente. Plusieurs médias internationaux, dont The Independent , le Daily Mirror et l'India Times , en avait déjà fait part en février 2014.

Et à chaque fois, ce sont les mêmes éléments : des têtes sanguinolentes dans des sacs en plastiques, des armes retrouvées sur place et l'arrestation de onze personnes. Par ailleurs, le même témoignage d'un riverain, vendeur de légumes sur le marché voisin, revient dans tous les articles de 2014 et 2015.

En remontant un peu, on retrouve la trace d'un hôtel cannibale dans un article publié le 2 août 2013 dans les colonnes du journal nigérian The Nation. L'article est un peu plus précis. Il raconte que trois têtes et armes ont effectivement été retrouvées par des policiers dans l'hôtel Upper Class de Onitsha. Tous les articles internationaux reprennent les éléments de cette seule et unique source vieille de trois ans. 

Les têtes humaines retrouvées dans une chambre

Quelques jours après la découverte des restes et des armes, plusieurs autres médias locaux racontent la destruction de l'hôtel par les forces de l'ordre après un ordre du gouverneur de l'Etat d'Anambra. On apprend alors que les têtes humaines (qui seraient finalement deux) n'ont pas été retrouvées dans la cuisine mais dans l'une des chambres, la 102, de l'établissement. 

Par ailleurs, le nom du propriétaire de l'établissement revient régulièrement dans les articles : Bonaventure Mokwe, présenté comme un avocat et homme d'affaires influent de la ville d'Onitsha. Le 29 décembre 2013, le journal Vanguard publie sa version des faits : il serait la victime d'une machination venant de ses concurrents avec le soutien du gouverneur de l'Etat. Ces derniers auraient placé des crânes humains et des armes pour le piéger et faire détruire son hôtel.

En septembre dernier, l'homme d'affaires annonce qu'il s'engage en politique et lance des poursuites contre l'ancien gouverneur, responsable, selon lui de la destruction de son établissement.

(Photo d'illustration : des crânes découverts dans une grotte indonésienne en mai dernier © Maxppp)