Guerre en Ukraine : Quels risques pour les journalistes ? Quelle désinformation et comment y faire face ? Le Vrai du Faux Junior

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Dans le Vrai du Faux Junior cette semaine, les questions des élèves sur la façon d'informer sur la guerre en Ukraine en protégeant les journalistes et en distinguant les faits de la désinformation et des fake news.

Article rédigé par
Emilie Gautreau - Antoine Deiana - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
Omar Ouahmane, reporter de la rédaction internationale de Radio France, en direct de Kiev (Ukraine) (CAPTURE ECRAN / FRANCEINFO)

Le Vrai du Faux Junior, c'est le rendez-vous de décryptage et de vérification de l’information réalisé avec des adolescents. Focus cette semaine sur les difficultés à informer sur la guerre en Ukraine dans un contexte de conflit armé doublé d'une guerre de communication, notamment sur les réseaux sociaux.  

Matthieu Mondoloni, directeur adjoint de la rédaction de franceinfo et Antoine Deiana, spécialiste de la veille et vérification d'images sur les réseaux sociaux, répondent aux questions des élèves. 

Mesurer les risques pris par les journalistes

"Est-ce que les journalistes sur le terrain prennent des risques pour leur vie ?" demande Louna . "Quelles précautions sont prises par les journalistes et ont-ils droit à une arme de défense ?" ajoute Prune.

"Les journalistes sur le terrain, leur répond Matthieu Mondoloni, prennent évidemment des risques puisqu’ils sont sur un terrain de conflit". Le directeur adjoint de la rédaction de franceinfo souligne qu'"il y a des bombardements. Il y a des tirs, des explosions donc il faut qu’ils fassent très attention, ils sont évidemment prudents".

Les journalistes n'ont par ailleurs pas le droit à une arme de défense. "C’est tout ce qui fait la différence entre des journalistes et des soldats sur le terrain" pointe Matthieu Mondoloni. "Les journalistes sont là en position neutre, objective pour observer un conflit, en rendre compte". Ils peuvent être de part et d’autres de la ligne de front, avec un camp ou avec l’autre camp mais ils doivent couvrir ce conflit de façon objective. Si un journaliste avait une arme de guerre, ajoute t-il, "il pourrait être encore plus une cible que ce qu’il est parfois déjà". Les précautions à prendre sur place sont donc constamment évaluées en fonction de l’évolution du conflit et des zones touchées et le sont en lien avec les rédactions à Paris.

D'où cette autre question de Prune : "Lorsqu’il y a un certain niveau de danger peut-on interdire aux reporters de se rendre sur les lieux ?"

"Oui on peut interdire aux reporters de se rendre sur les lieux" répond Matthieu Mondoloni. Il pointe le fait qu'il y a d'abord, sur place, des soldats, des militaires qui parfois bloquent l'accès à la presse. Ainsi, une journaliste de Radio France sur place, qui devait faire un reportage dans un hôpital, n’a pas eu l’autorisation de le faire. "Il y a aussi, ajoute t-il, les directeurs adjoints de rédaction comme moi, les directeurs de rédaction qui peuvent interdire à leurs journalistes d’aller dans certains endroits, lorsqu’on sait que c’est trop dangereux on leur dit par téléphone ou par message, 'non tu ne vas pas là-bas c’est trop dangereux par rapport aux informations que nous nous avons ici', mais après on leur fait confiance à eux, car ce sont eux qui sont sur le terrain "

Travailler en équipe en s'appuyant sur les "fixeurs"

Colin a lui une question sur la façon concrète de travailler sur un terrain de guerre :
"Comment les journalistes envoyés en Ukraine arrivent-ils à recueillir des informations sur le front ou l’avancée de l’armée russe au péril de leur vie ?"

"Ils travaillent avec un fixeur" répond Matthieu Mondoloni. "Un fixeur c’est à la fois quelqu’un qui va traduire parce que le journaliste ne parle pas forcément l’ukrainien ou le russe. Donc il va les aider à traduire les différents témoignages qu’ils vont recueillir, à poser des questions mais le fixeur c’est aussi un guide pour le journaliste. C’est quelqu’un de très précieux. Il connait le pays en général il vient de ce pays-là. Il connaît les gens, les routes, les endroits qui sont les endroits dangereux donc il va pouvoir l’aider à recueillir cette information donc il va par exemple lui dire : là les Russes sont en train d’avancer vers cette ville, donc il faut qu’on bouge dans une autre ville."

"Le fixeur, conclue t-il, c’est le meilleur ami du journaliste c’est des gens qui prennent énormément de risques. A l’inverse du journaliste qui, au bour d'un moment, à la fin de ses reportages, quitte le son pays, le fixeur lui souvent y reste et peut risquer sa vie."

Peser les risques à continuer à informer lorsque la presse est officiellement sous surveillance

Les élèves ont aussi de nombreuses questions aussi sur la possibilité de s’exprimer et informer librement en Russie actuellement. "Est-ce que c’est vrai que Poutine a limité la liberté de la presse en Russie ?" demande Pierre

"C’est vrai, répond Matthieu Mondoloni, que Vladimir Poutine, le président russe, a limité l’expression des journalistes par une loi qui a d’abord été votée par une loi à la Douma, le Parlement russe, la semaine dernière. Le lendemain, Vladimir Poutine lui-même l’a signée. "Cette loi dit que ceux qui diffusent 'des informations mensongères sur l’armée russe, surtout si elles entrainent des conséquences sérieuses pour les forces armées, prennent des risques'. Des risques d’emprisonnement ".

La difficulté est de savoir qui est concerné, uniquement les journalistes russes ou également les journalistes étrangers. "Pour ça, précise le directeur adjoint de la rédaction de franceinfo, il faut expertiser cette loi, ça peut prendre du temps. Nous à Radio France, à ce stade notre correspondant Sylvain Tronchet continue à travailler, avec évidemment cette notion en tête".

Vérifier les images et prendre du recul avant de partager

Aux difficultés dans le travail journalistique sur le terrain, s’ajoute une guerre d’images et de déclarations qui se joue de plus en plus sur les réseaux sociaux et qu'il faut savoir décrypter

"J’aimerais savoir si c’est vrai qu’il y a beaucoup de désinformation et comment les journalistes trient le vrai du faux ?" demande Anna Eva. "Comment vous arrivez à vérifier les images qui viennent d’Ukraine ?" ajoute Esteban.

C’est cette fois Antoine Deiana de la Cellule vrai du faux de franceinfo qui leur répond. Il passe ses journées depuis le début du conflit à vérifier des images. "Dans chaque camp, explique t-il, il y a de la désinformation - pas forcément orchestrés par les pouvoirs en place mais aussi par leurs partisans- il y a aussi des fausses images qui tournent postées par des personnes qui cherchent à faire du clic, des vues... et c’est pour ça qu’il faut redoubler de vigilance quand on voit passer des images du conflit".

Antoine Deiana explique qu'il existe principalement en ce moment deux types de  vidéos trompeuses : celles qui sont manipulés, détournées et qu'on arrive à vérifier car elles sont datées et correspondent parfois à des images d'un autre conflit, et des vidéos de guerre qui sont en fait tirées de jeux vidéo. Il y a également des images potentiellement vraies mais qui difficiles à contextualiser, à vérifier. "Là le conseil, pointe le journaliste, est d'éviter de partager des images du conflit en ce moment et attendre qu'elles soient vérifiées par des médias ou journalistes sérieux". 

Utiliser des outils de recherche d'images inversées

Lorsqu'il y a un doute sur une image ou une vidéo, la cellule vrai du faux de franceinfo utilise différentes techniques et outils pour faire son travail de vérification. D'abord on peut essayer de vérifier la source de l’image qu’on cherche à vérifier. D’où vient-elle ? Quand a-t-elle été prise ? Dans quel contexte ?

Pour cela, on utilise généralement ce qu’on appelle la recherche d’images inversées. Sur Google images, dans la barre de recherche vous voyez un petit appareil photo qui vous permet d’entrer l’image que vous souhaitez vérifier. Google vous montre ensuite tous les sites où l’image est apparue dans le passé.
C’est notamment comme cela qu’on a pu vérifier plusieurs images sorties de leur contexte pendant cette guerre en Ukraine. Par exemple une photo où on voit un homme planter un drapeau russe sur un bâtiment à Kharkiv, la deuxième plus grande ville d’Ukraine. Grâce à Google images, on a pu voir que cette photo datait en fait de 2014, donc elle n’avait rien à voir avec le conflit actuel.

On regarde aussi les commentaires qui accompagnent l'image partagée, car d'autres internautes postent souvent des éléments de réponse. Enfin, on peut contacter les personnes concernées par cette image, comme l'auteur du post sur les réseaux sociaux.

Comment permettre à chacun de mieux s'informer ?

Participez à la consultation initiée dans le cadre du projet européen De facto sur la plateforme Make.org. Franceinfo en est le partenaire

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