Le roman des espions, France info

La bataille des hommes de l'ombre

Début 1999, la conjoncture semble désespérée pour les oligarques du Kremlin, affaiblis par les révélations sur le blanchiment de milliards de dollars par les proches du "tsar Boris" Eltsine.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
(© Sipa Press)

Les élections législatives se profilant en décembre 1999 et la présidentielle six mois plus tard, les clans du Kremlin savaient qu'ils étaient à deux doigts de perdre le pouvoir. Il leur fallait vite trouver un moyen de renverser la vapeur. Son adversaire de l'époque était le Premier ministre Primakov, éminent arabisant venu de la galaxie du KGB.

Les premiers sponsors du futur président russe furent bien évidemment ses pairs, les gens de l'ex-KGB, qui aidèrent leur camarade à consolider son propre pouvoir. La deuxième catégorie de ces tuteurs fut les militaires. En échange, de son soutien, le commandement de l'armée comptait être associé à la direction du pays et imposer une politique renouant avec la tradition néo-stalinienne : réarmement, reconstruction au moins partielle de l'ancienne URSS. Après des années d'humiliation, les services secrets et l'armée allaient désormais occuper à nouveau une place prépondérante sur l'échiquier politique.

Ses troisièmes parrains furent les boyards de la famille eltsinienne. Même s'ils ne formaient pas un groupe monolithique, dans l'ensemble, ils soutinrent le poulain du pouvoir.

L'ultime compte à rebours

Les combats s'intensifièrent en Tchétchénie et tournèrent à la guerre de reconquête. Le visage acéré, Poutine promit une victoire totale et "de zigouiller les terroristes tchétchènes jusqu'aux chiottes."

L'opinion publique, lassée par la crise économique et humiliée par la perte du pays de son statut de grande puissance après la chute de l'Empire, se rallia à lui en quelques semaines. De 1% d'avis favorables, il passait à 70% ! Son projet patriotique visant à ratisser le plus largement possible, fut consciemment construit comme une accumulation d'idées vagues. Tout y était : la nostalgie de l'URSS, un complexe impérial et messianique s'appuyant sur l'orthodoxie; particularisme difficilement définissable, et surtout, le souhait d'un État fort assurant le rétablissement de l'ordre après  la pagaille des années Gorbatchev-Eltsine.

En mars 2000, Vladimir Poutine était élu Chef de l'Etat russe au premier tour de scrutin.

(© Sipa Press)