Guerre en Ukraine, burkini, festival de Cannes : les réponses aux questions des auditeurs

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Matthieu Mondoloni, directeur adjoint de la rédaction de franceinfo répond aux questions des auditeurs au micro d’Emmanuelle Daviet, la médiatrice des antennes de Radio France. 

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Radio France
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Le studio 421 de la maison de la radio et de la musique. (AURÉLIEN ACCART / FRANCE-INFO)

Lundi 16 mai, le conseil municipal de Grenoble a donné son feu vert au port du burkini dans les piscines municipales. Et des auditeurs s’étonnent d’avoir entendu un intervenant pro burkini expliquer que dans les pays d’islam rigoristes, le burkini est une avancée qui permet aux femmes de détourner la loi.

Et il en déduit que c’est aussi une avancée en France, car il permet aux musulmanes d’aller à la piscine. Et donc, des auditeurs ne comprennent pas qu'il ait été ait laissé dire sur votre antenne que le burkini est une avancée féministe sans que le journaliste n’intervienne.

Emmanuelle Daviet : Dans un débat de société sur le burkini ou sur tout autre sujet, quelle doit être l’attitude du journaliste qui fait l’interview ?

Matthieu Monoloni : Tout d’abord, le journaliste est systématiquement le contradicteur de l’invité, quand je dis le contradicteur, ça ne veut pas dire lui couper la parole en permanence. D’ailleurs, les auditeurs, quand c’est le cas, s’en plaignent suffisamment et ils ont raison. Donc c’est d’être dans la contradiction, mais c’est aussi d’être dans l’écoute. Et je rappelle que nous, à l’antenne, sur FranceInfo, on entend des points de vue qui sont très différents.

En l’occurrence, là, c’était un sociologue invité du 12/14 de Frédéric Carbonne qui effectivement avait expliqué cette notion qu’il défendait, qui était de dire - il n’avait pas dit que c'était une avancée féministe, évidemment - mais il avait dit que dans certains pays, ça permettait à des femmes qui n’avaient pas accès à la piscine où il y a des hommes de pouvoir y avoir accès. Et là, en l’occurrence, il disait que c’était la même chose, à Grenoble.

On poursuit donc avec le Festival de Cannes. Voici la question d’un auditeur : 
"Qu’est-ce qui justifie des dépenses somptuaires pour être présent au festival ? S’installer sur le ponton du Majestic, est-ce vraiment utile et nécessaire pour informer sur le Festival de Cannes à l’heure où tous les Français ont des fins de mois difficiles. L’argent public sert donc à payer des vacances de luxe à des journalistes sous couvert de relayer une information certes importante, mais bien futile en ces temps".


Matthieu Mondoloni, que répondez-vous à cette remarque ?

D’abord qu’il n’y a pas de vacances, on ne leur paye pas des vacances. Il y a des congés payés, mais c’est certainement pas à Cannes, et ce ne sont pas nos journalistes qui en bénéficient. Non, non, nos journalistes, ils sont là-bas pour travailler. Ils travaillent d’ailleurs beaucoup. Ils ont des journées à rallonge parce que c’est un événement culturel, je le rappelle. Le Festival de Cannes ne s’est pas tenu en période de Covid l’année dernière. Il s’est tenu en été, mais pas au mois de mai.

On retrouve un nouveau festival de Cannes, dans un contexte très compliqué pour le cinéma, puisqu’on sait qu’à part les blockbusters, ça ne fait plus recette en salles. Donc, c’est boudé par le public. Il y a aussi le rôle des plateformes aujourd’hui qui est très important. On sait qu’ils ne sont pas invités au Festival de Cannes, ils ne sont pas les bienvenus. Et puis vous l’avez vu aussi avec la cérémonie d’ouverture, il y a de l’actualité qui s’invite. C’est le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui était d’ailleurs invité de cette cérémonie d’ouverture, qui a diffusé un message. Ça a été repris partout. Donc il y a un vrai enjeu à couvrir. On ne peut pas être absent de cet événement. C’est un événement culturel majeur.

Et puis après, juste pour rassurer nos auditeurs, on n’a pas des moyens dispendieux à franceinfo. Je peux vous le dire ici. En gros, on a évidemment des techniciens de reportage qui sont présents et on a deux journalistes pour le début et pour la clôture. Et sinon, il y a un seul journaliste, Matteu Maestracci, qui reste pendant toute la durée du Festival de Cannes pour couvrir les différentes projections, faire les interviews des réalisateurs.

Il y a un réalisateur russe qui est invité, évidemment, qui est un dissident. Donc il y a une actualité, il y a des films qui sont attendus, comme Top Gun de Tom Cruise. Évidemment, on a couvert la chose. Donc c’est un éventail très large, culturellement parlant, politiquement parlant et sociétalement parlant.

Emmanuelle Daviet : Et ce ne sont surtout pas des vacances pour les journalistes qui couvrent cet évènement... 

Près de trois mois après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, des auditeurs veulent savoir comment la rédaction s’adapte pour traiter ce conflit sur le temps long et si la couverture éditoriale sera bien maintenue. Parce qu’il pourrait y avoir des tentations de davantage parler d’une actualité plus légère, avec justement le Festival de Cannes ou Roland-Garros.

Matthieu Mondoloni : On continue à couvrir évidemment la guerre en Ukraine. Quotidiennement, on a des sujets qui sont diffusés sur notre antenne. Ça n’a plus la même voilure qu’au démarrage, évidemment, on est à trois mois de guerre bientôt, mais on a toujours deux équipes en permanence sur le terrain. On travaille avec la rédaction internationale de Radio France quotidiennement, pour essayer de voir quels sont les sujets que nous pouvons continuer à couvrir. Et ils sont encore une fois diffusés, donc des équipes qui sont d’ailleurs relayées depuis trois mois.

Alors évidemment, on a un peu revu le dimensionnement des équipes sur le terrain. On était jusqu’à quatre, voire cinq équipes simultanément en Ukraine. Désormais, on est à deux, mais on laisse aussi plus de temps à nos journalistes sur place pour pouvoir repérer des sujets importants. Et je peux vous dire, et pour répondre à cet auditeur qu’il ne s’inquiète pas, il a raison. On va continuer à suivre ce conflit et on est un d’ailleurs envié par beaucoup de confrères et consœurs sur la place parisienne où il y a tous les médias nationaux, parce qu’on a une couverture justement très dense, très importante et je le répète, très utile évidemment pour nos auditeurs.

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