Le rendez-vous de la médiatrice, France info

Gilets jaunes : "franceinfo jette de l'huile sur le feu" ?

Les messages sur les gilets jaunes sont toujours aussi nombreux. Ils ont un point commun : "de l'huile sur le feu". Emmanuelle Daviet, médiatrice, reçoit Erik Kervellec, directeur de la rédaction de franceinfo.

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Au premier jour de la manifestation, le 17 novembre 2018, des \"gilets jaunes\" bloquent l\'accès à un centre commercial à Nantes (Loire-Atlantique). \"Gilet jaune en colère !\", peut-on lire sur une banderole suspendue sur la passerelle.
Au premier jour de la manifestation, le 17 novembre 2018, des "gilets jaunes" bloquent l'accès à un centre commercial à Nantes (Loire-Atlantique). "Gilet jaune en colère !", peut-on lire sur une banderole suspendue sur la passerelle. (STEPHANE MAHE / REUTERS)

franceinfo, relais d'opinion

Florence, une auditrice, estime que franceinfo, en tant que média très écouté, a un rôle fondamental à jouer pour véhiculer des messages favorables à la tempérance et au rejet de la violence. "J'ai malheureusement l'impression que vous mettez de l'huile sur le feu, à critiquer l'action du gouvernement, à mettre en avant des sondages qui donnent la majorité des Français favorables au mouvement des gilets jaunes."

Le marqueur de franceinfo a été pendant très longtemps d’être une radio factuelle et le reproche adressé ici, c’est que l’antenne serait devenue un relais d’opinion, une radio d’information orientée qui attiserait le désordre.

franceinfo a toujours été un thermomètre de la société : il indique qu'il y a une surchauffe dans la société aujourd'hui. Notre vocation est de donner une photo d'un fait d'actualité majeur sans le déformer.

Trop de micros-trottoirs

Dans le contexte du mouvement des gilets jaunes, nous entendons beaucoup d’avis, de points de vue sur l’antenne. Marc, un auditeur déplore les micros-trottoirs. Il écrit : « vos journalistes interrogent sur les ronds-points n'importe quelle personne et donc mettent de l'huile sur le brasier, ce qui n'est pas déontologiquement le rôle du journalisme. Arrêtons sur les chaînes publiques de brosser la colère ou l'hystérie dans le sens du poil ! Arrêtons de tendre le micro à n'importe qui."

J’indique à cet auditeur que le micro-trottoir, est un mode de consommation médiatique et une pratique journalistique qui, au sein même des rédactions, a ses partisans et ses détracteurs.

Quel est l’intérêt journalistique du micro-trottoir ?

C'est un enchaînement d'avis très courts sur une question, il est censé représenter l'opinion. Souvent ça ne marche pas, c'est une construction intellectuelle du journaliste qui jette sa propre vision des choses. C'est pour cela qu'à franceinfo on ne fait pas de micros-trottoirs. En revanche, on donne à entendre l'expression de certains avis de gens qui sont représentatifs d'une colère et d'un état d'esprit.

Est-ce que toutes les paroles se valent ? Olivier écrit "Comment peut-on passer sur une radio publique une interview d'un gilet jaune qui veut faire connaître à Monsieur Macron le même sort que Louis XVI ?! Il serait de bon ton en ces temps difficiles que Franceinfo prenne du recul et ne cherche pas elle aussi le scoop de caniveau". 

Comment une antenne d’information continue donne-t-elle la parole sans trahir son éthique et la déontologie propre à un média de service public ?

Dans ce conflit, on se retrouve dans une situation inédite : il n'y a pas de porte-parole. Pour autant, est-ce qu'on ne devrait pas donner la parole aux gens ? Non, on doit donner l'expression de cette colère qui existe et occupe l'actualité. Sur cette question là en particulier, si c'était à refaire nous ne le referions pas, ce sont des propos outranciers.

Au premier jour de la manifestation, le 17 novembre 2018, des \"gilets jaunes\" bloquent l\'accès à un centre commercial à Nantes (Loire-Atlantique). \"Gilet jaune en colère !\", peut-on lire sur une banderole suspendue sur la passerelle.
Au premier jour de la manifestation, le 17 novembre 2018, des "gilets jaunes" bloquent l'accès à un centre commercial à Nantes (Loire-Atlantique). "Gilet jaune en colère !", peut-on lire sur une banderole suspendue sur la passerelle. (STEPHANE MAHE / REUTERS)