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Un an après la victoire, les militants PS entre espoir et désillusions

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Journée spéciale ce lundi sur France Info : état des lieux un an après l'élection de François Hollande. Il y a un an, nous étions entre les deux tours de la présidentielle. Comment les militants PS euphoriques à l'époque ont-ils vécu cette première année ? Entre satisfaction et désillusions. Illustration dans l'Essonne.
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Radio France
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Pas si simple de faire parler un adhérent socialiste de son
ressenti personnel. Même à la base, beaucoup ressortent les éléments de langage,
les formules préétablies pour ne pas dire prémâchées par la direction du parti :
"Nous vivons une crise exceptionnelle ", ou encore : "Il y a l'héritage trop lourd de dix ans
de droite
" et "Un an, c'est trop tôt pour juger ".

Martine et Ginette, élégantes
militantes de 55 et 61 ans sont actives de longue date à la section de Massy.
Elles se plaisent à lister les réalisations déjà obtenues : le mariage pour
tous, les contrats de génération, les emplois d'avenir. Quand on leur parle des
23 % de popularité pour le président dans les sondages, leur réponse est unanime
:

"Les instituts de sondage comme beaucoup de journaux sont pilotés par la
droite. Les têtes n'ont pas changé depuis la dernière majorité. Alors forcément,
les sondages nous sont défavorables"

Quand on évoque
avec elles, la situation chez PSA Aulnay ou la fin de la production d'acier à
Florange, elles tentent encore des explications à tout prix pour défendre
François Hollande : "Ces dossiers-là avaient été délibérément mis entre
parenthèses par Nicolas Sarkozy, mais tout était ficelé et préparé. C'est pour
cela que le chef de l'Etat n'a rien pu faire. Tout était joué
"
argumentent-elles.

 

"Le mariage pour tous d'accord, mais les chômeurs
attendent
"

 

Les militants encartés depuis 15, 20 ou même parfois 30 ans
comme ces deux femmes, ont du mal à nuancer leurs propos. Les adhérents plus
récents sont plus critiques. Certains avouent avoir eu du mal avec le rapport
Gallois. Ils craignent l'allongement de la durée des cotisations retraites. Ils
redoutent les baisses d'effectifs dans la fonction publique avec le choc de
simplification. D'autres déplorent l'adoption de la règle d'or, et réclament une
vraie alternative à Nicolas Sarkozy.

"Moi c'est sur la promesse du droit de
vote des étrangers que je suis amer
", confie Ben, pétillant moniteur
d'auto-école, militant de Palaiseau et d'origine nord-africaine. "Ils avaient
promis d'adopter cette mesure, ça leur a procuré des voix, et une nouvelle fois,
ils sont sur le point de renoncer
", ajoute-t-il avant d'expliquer que "le
mariage pour tous c'est bien
", mais qu'il y a "des millions de chômeurs qui
pendant ce temps souffrent
".

Ben retient aussi les orientations du Premier secrétaire du PS
qui ne sont pas écoutées. Harlem Désir réclamait une stabilité fiscale ; les
impôts vont augmenter. Malgré son discours sévère, Ben vient toujours aux
réunions.

"Moi aussi je continue de militer, de participer à la vie de ma
section, mais j'avoue qu'à l'évocation de certains dossiers comme l'accord sur
le travail, j'ai mal à ma gauche
", dit Henri, 28 ans, enseignant-chercheur,  adhérent PS depuis seulement un an. "Cet accord sur le travail, il procure plus
de flexibilité aux patrons que de sécurité aux travailleurs. D'ailleurs le Medef
a voté sans hésiter et l'UMP a applaudi des deux mains. La pilule est dure à
avaler
", commente-t-il.

Ben comme Henri sont amers surtout sur les questions
économiques. Ils espèrent un remaniement, l'arrivée pourquoi pas de Martine
Aubry dans une équipe gouvernementale remaniée. Mais pour autant, pas question
pour eux de céder à la tentation Mélenchon. Selon eux, le Parti de Gauche
harcèle ces derniers temps le PS, et c'est honteux pour eux.

 

Pas d'effondrement masssif
du nombre d'adhérents

 

Il y a un an, selon le PS
national, rue de Solférino, les adhérents PS en
France étaient 197.000. Aujourd'hui ils sont 13.000 de moins (184.395). Ce qui, après un pic logique lié à la  Présidentielle, ne correspondrait pas, disent les dirigeants du parti, à un
effondrement massif. Morgan, 25 ans, adhérente à la section MJS
(Mouvement des Jeunes Socialistes) de Palaiseau, elle, n'a jamais songé cette
année à quitter le parti : "Même au moment le plus difficile, j'estime qu'il
faut rester fidèle. Personnellement, ce qui m'a meurtri ces derniers jours,
c'est l'affaire Cahuzac
", raconte la jeune femme en jeans-basket, habituée des
séances de tractages. "Mais pour moi, c'est de longue date que Cahuzac a trahi
les siens, de longue date qu'il a trahi les militants du PS. Cet homme-là n'a
jamais été socialiste. On ne peut pas être socialiste dans son cœur, et faire de
la fraude fiscale. C'est incompatible. Son mensonge date donc du début. Et ca
n'est pas le gouvernement entier qui doit payer
", explique Morgan, fervent
soutien de François Hollande.

Jeremy, 28 ans, fonctionnaire territorial et adhérent de la
section des Ulis est du même avis. Ce que lui tient aussi à retenir de cette
année, ce sont les très fortes attentes des Français rencontrés sur le terrain.
Il comprend ces attentes. Et dans le même temps, il estime que parfois les
citoyens espèrent tout, tout de suite, sans tenir compte de la réalité des
choses. "La faute , dit-il, à Nicolas Sarkozy qui les a habitués à toujours plus de
promesses
." "On va pas tout nationaliser, on va pas refaire de
l'interventionnisme à outrance. La politique est là pour mettre les gens en
mouvement. Ensemble on peut les choses, mais François Hollande lui n'est pas un
homme providentiel. Le politique ne peut pas tout. C'est à nous, tous les
citoyens, de nous y mettre
", conclut le jeune homme.

Un discours qui n'est pas sans rappeler la phrase de Lionel
Jospin en 2000 à propos des ouvriers de Renault-Vilvoorde : "L'État ne peut pas
tout
".

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