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Logés par Emmaüs... et menacés d’expulsion

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En Ile-de-France, des locataires sont menacés d’expulsion par Emmaüs Habitat. La société HLM fondée par l’Abbé Pierre a engagé une action en justice contre huit locataires qui refusent de payer une augmentation de loyer. Le conflit dure depuis 10 ans. Ces habitants ne sont pas les seuls à se plaindre de la gestion d’Emmaüs habitat. "L’enfant" de l’Abbé Pierre aurait-il du mal à concilier équilibre économique et gestion sociale ?
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
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Dans les étages de la rue Monmousseau à Montreuil, un petit
groupe d’habitants mène depuis des années une résistance contre Emmaüs Habitat,
devenu propriétaire de leur immeuble. Ces huit locataires refusent de se plier
aux augmentations de loyers décidées par leur bailleur fin 2002, un an après le
rachat et des travaux de rénovation.
Pour l’une d’entre eux, retraitée, l’augmentation atteint les 48%. Au total, la
dette du groupe est de 138.000 euros.

Par trois fois, Emmaüs a saisi les tribunaux mais n’est
pas allée au bout de la procédure, "à la demande des habitants" dit le bailleur
social, pour tenter de trouver une solution. La dernière procédure d’expulsion a été enclenchée
cet été et repoussée au 22 mai.  Les
habitants supportent difficilement cette pression.
Saadia Trebol, poursuivie par Emmaüs Habitat pour une dette
de 14.000 euros, se dit "très fatiguée, dans une angoisse perpétuelle ".

 

Emmaüs Habitat justifie les augmentations par le changement
de statut des logements, qui sont passés en 2001 d’une gestion privée à un bail HLM. Emmaüs Habitat indique que ces majorations sont conformes à
la règlementation.
D’après l’organisme, la grande majorité des locataires
en a profité. Seuls 20% d’entre eux ont subi des augmentations, soit parce
qu’ils étaient dans un logement jugé trop grand pour le nombre d’habitants, soit
parce qu’ils  avaient des revenus considérés
comme trop élevés dans les barèmes HLM.
Dans ce contexte, la directrice générale
d’Emmaüs Habitat Nelly Ordemus justifie le recours aux expulsions dans certains
cas : "Il y a des situations où il n'y a pas d'autre façon de faire réagir que d'expulser les locataires ".

 

Mais d’autres cas de conflits sont signalés par les
associations. A Villecresnes au sud de
Créteil, les habitants d’un immeuble Emmaüs 
ne digèrent toujours pas la hausse de leurs loyers justifiée par des
travaux de réfection.  En trois ans, cette
augmentation est de 26%. Et les résultats ne sont pas a la hauteur, estime Eric
Moreau, agent municipal à Créteil.

 

Troisième lieu de conflit : à Paris dans le 20e
arrondissement, un collectif de locataires a obtenu devant le tribunal d’instance
le remboursement de charges indûment encaissées par Emmaüs Habitat. Le
collectif se plaint de la gestion du bailleur. Il a le sentiment que l’immeuble
est laissé à l’abandon. Il a dû par exemple prendre en charge la gestion du
courrier ou se battre pour faire réparer
le chauffage.
Depuis, les habitant ont été entendus sur
l’embauche d’une gardienne (à mi-temps), et sur un projet de réhabilitation
pour tenter d’empêcher  le squat des
halls. Mais la relation avec Emmaüs Habitat n’est pas normalisée, estime Anne
Marchand, l’une des locataires : "On est un peu épuisés par cette relation qui n'arrive pas à se mettre en place ".

 

En Ile de France, Emmaüs Habitat gère 13.000 logements.

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