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La commune belge d'Uccle, un lieu de refuge pour les exilés fiscaux

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On aurait pu citer d'autres communes parmi les 19 qui constituent la Région Bruxelles-Capitale,mais Uccle, dans le Sud-ouest de l'agglomération, attire plus que d'autres, à cause de son lycée français, de son côté "Neuilly-sur-Seine" avec laquelle elle est d'ailleurs jumelée. Mais Uccle est surtout sous les feux des projecteurs depuis qu'a été révélée la demande de naturalisation de Bernard Arnault.
Article rédigé par
Radio France
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Uccle est une commune décrite comme un endroit où il fait
bon vivre pour les Français; ils sont 8.200
à y vivre. À eux seuls ils constituent plus de dix pour cent des Ucclois, selon
Armand De Decker, le bourgmestre (le maire) de la commune. "Il y a des
fonctionnaires européens, des cadres d'entreprises, des profils professionnels
très divers"
 parmi les Français d'Uccle, "mais ceux qui viennent
pour des raisons économiques et fiscales viennent aussi pour la proximité avec
la gare du Midi et le Thalys qui met Paris à 1h22. Cette proximité géographique
est un atout formidable pour Bruxelles en général et pour Uccle en particulier."

Et le bourgmestre estime que parmi eux, les Français qui vivent en Belgique
pour éviter de payer en France l'impôt sur la fortune représentent une colonie
non négligeable, même si personne ne les a recensés. 200.000 Français
environ habitent le royaume; on sait qu'il y a 16.000 étudiants mais
on n'a pas de chiffres pour les exilés fiscaux. Ils seraient quelques milliers
tout au plus.

 

Échapper à l'ISF

 

À Uccle, ces Français fortunés trouvent en particulier dans
les quartiers huppés de cette commune des biens immobiliers de prestige, des
villas entourées de grands jardins et ce, à des prix qui défient toute
concurrence avec la France, comme par exemple ce penthouse de 300 m2 avec terrasses et deux garages
pour 950 000 Euros, une des nombreuses annonces recensées.

Ils sont
d'autant plus prêts à mettre la main à la poche qu'en devenant contribuables
belges, ils échappent à l'impôt sur la fortune. C'est par exemple le cas de
Lofti Belhassine, fondateur d'Air Liberté et des clubs Aquarius. Il a quitté la
France il y a quatorze ans lorsque le gouvernement Juppé a relevé le plafond de
l'ISF. En Belgique, il a fondé une nouvelle entreprise, Liberty TV, spécialisée
dans le voyage et le tourisme. Pour lui, la France a un système fiscal
imprévisible et confiscatoire, en revanche, "la Belgique a un système
fiscal normal. C'est la France qui est devenue anormale. Elle a un président
normal mais c'est devenu un pays anormal par rapport au reste du monde. [...] Un
pays où beaucoup de gens partent pour des raisons différentes devrait se poser
des questions sur la rectitude de son organisation,"
dénonce-t-il.

Jusqu'à très récemment, les exilés fiscaux pouvaient aussi
échapper aux taxes sur les plus-values lors de la revente de leur société, mais
une exit tax vient d'entrer en vigueur en France : cette taxe à
l'expatriation, une des dernières mesures décidées par Nicolas Sarkozy rend
inutile toute tentative de s'exiler puisque les plus values théoriques sont taxées
à la sortie, lorsqu'un chef d'entreprise quitter le système fiscal français.

Mais pour Maître François Collon, avocat bruxellois spécialisé en ingénierie
patrimoniale, cette taxe de sortie pourrait avoir un effet inverse, car "les
plus-values sont moins importantes au début de l'activité. Ça inciterait plutôt
les entrepreneurs à quitter la France très tôt, plutôt que d'attendre le moment
où leur société serait complètement florissante. C'est un obstacle, certainement,
mais pas un obstacle décisif"
tempère encore cet avocat fiscaliste.

Des prix gonflés pour les Français ?

 

Pour l'instant, les Français fortunés continuent d'être
attirés par la Belgique et sa douceur fiscale relative. Ils commencent souvent
leurs projets de déménagement en contactant Caroline Lucidi-Joubert. Cette
Française installée à Bruxelles est chasseur immobilier : elle recherche
pour ses clients français des villas luxueuses ou d'immenses appartements.

Elle
leur fait aussi visiter la ville d'Uccle où certains Français sont
un peu déroutés, car pour elle, "le point d'achoppement de la recherche,
c'est que les Français, les Parisiens, recherchent une belle maison, mais ils
veulent aussi une boulangerie au coin de la rue"
et à Uccle, il faut
souvent prendre sa voiture pour ses emplettes quotidiennes car les villas qui
étendent leurs parcs sur des dizaines d'ares sont généralement éloignées des
rues commerçantes, moins nombreuses qu'à Paris d'où provient une bonne partie
des exilés fiscaux.

Il y a cependant pour eux un désavantage majeur à leur présence nombreuse
dans ces quartiers, c'est la surévaluation importante des biens immobiliers haut
de gamme. Les propriétaires belges ne se gênent pas pour proposer des prix en
hausse si l'acheteur potentiel est Français (même s'il n'est pas du tout
fortuné...) et certaines agences immobilières auraient deux tableaux de prix :
des prix normaux pour les Belges et les autres et des prix largement arrondis
pour les exilés fiscaux Français. Bruxelles en général et Uccle en particulier,
pour reprendre l'expression du bourgmestre, ne constituent donc pas entièrement
un exil doré.

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