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Avec le départ de Berlusconi, l'Italie change d'ère

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Après le vote de confiance du Parlement aujourd'hui, Mario Monti sera nommé président du Conseil italien. Et il formera son gouvernement. La page Berlusconi se tourne donc. Mais c’est plus qu’un simple changement de gouvernement, tellement sa personnalité a laissé son empreinte dans la société italienne.
Article rédigé par
Radio France
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Silvio Berlusconi a bâti sa popularité sur son côté amuseur public, chanteur de croisière, farceur, ou encore en faisant les cornes à un ministre espagnol.
Il y a juste deux mois, en septembre, devant les jeunes de son parti, il envisageait déjà de ne plus se représenter aux élections de 2013 sans s’empêcher de plastronner. "J’ai passé presque 20 ans dans les tranchées de la politique", disait-il. "Je suis ami avec de nombreux acteurs de l’histoire politique internationale de ces 20 dernières années. Et je leur ai souvent posé cette question : quel a été le jour le plus heureux de ta longue carrière politique ?. Et tous –je me souviens en particulier de Bush, Blair, Aznar et Schröder- m’on répondu : le dernier jour".

En réalité, le dernier jour a été plutôt amer pour Silvio Berlusconi, hué par la foule au moment de déposer sa démission au palais présidentiel du Quirinal.
Et pourtant, son départ fait des déçus. Alors que sa cote de popularité est tombée à 22%, il a ses inconditionnels, sincères. Patrizia, qui a presque 70 ans se dit "berlusconienne" depuis le début. Car Silvio Berlusconi était un homme nouveau, il n’était pas dans le jeu des partis. Pour elle, il a débarrassé l’Italie du communisme. Même s’il a fait des erreurs, elle est indulgente. Il n’a jamais été condamné par la justice, il a peut-être fait des "choses horribles" avec les femmes, mais cela regarde sa vie privée, et être riche n’a jamais été un obstacle aux Etats-Unis pour accéder au premier plan.
Mais Patrizia est aujourd’hui très inquiète pour l’Italie, car Silvio Berlusconi est irremplaçable.

L'éternel présent

Curzio Maltese, éditorialiste à La Repubblica, journal de centre gauche, estime en effet que pendant ses 17 ans en politique, Silvio Berlusconi n’a pas réussi à détruire la gauche, mais a détruit la droite italienne, qui a tendance à se rapprocher du fascisme, donc dominée par une figure de chef, de "duce". Une fois le chef disparu, la droite n’existe plus.

Pourtant, les Italiens ne croient pas à ce retrait, tout comme ils n’accordent plus de crédit aux paroles de Silvio Belrusconi.
Le Cavaliere a imprimé en Italie le phénomène de l’éternel présent, sur le principe que ce qui est dit la veille n’est plus vrai le lendemain, etc.
Un phénomène alimenté par le divertissement télé. Emanuele Toscano jeune sociologue, à l’initiative du "No berlusconi day" en 2009, estime que le départ de Silvio Berlusconi était écrit. "Depuis des années", dit-il, "il y a eu tentative sur tentative. Et il a toujours résisté, il y a eu le scandale Ruby, celui des escort-girls et personne n’a jamais réussi ! La pression de l’Europe et de l’économie financière semblent lui avoir donné le coup de grâce" .
Emanuele Toscano se dit par ailleurs surpris que Silvio Berlusconi se retire sans livrer vraiment de bataille. Surtout qu’il est impliqué dans trois procès, dont certains vont arriver très vite.

Personne ici n’arrive à imaginer la suite. Pour Curzio Maltese, la fin de ce personnage est "un mystère [...] Il a toujours vécu pour le pouvoir politique, or il ne l’a plus".
Hier, Silvio Berlusconi, dans une allocution télévisée enregistrée, a dit qu’il allait rester impliqué dans la vie politique, redoubler d’efforts dans sa vie de parlementaire.

Reportage : Anaïs Feuga,
Envoyée spéciale permanente de France Info à Rome

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