Russie : des élections sans opposition

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Les bureaux de vote ont ouvert vendredi 17 septembre en Russie. Pendant trois jours, 108 millions d'électeurs vont choisir leurs députés lors d'un scrutin en trompe-l'oeil qui se déroule... sans opposants.

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Radio France
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 (YURI KADOBNOV / AFP)

Des centaines de candidats ont été interdits de se présenter, assignés à résidence, parfois même contraints à l'exil, et pas seulement dans l'entourage de l'opposant numéro 1 à Vladimir Poutine, Alexei Navalny – toujours en prison et déclaré inéligible jusqu'en 2028 : depuis des mois l'opposition est complètement muselée par les autorités. 

Alexei Navalny dont l'application a disparu ce matin des plate-formes internet, en Russie mais aussi en France. Ses partisans accusent Apple et Google d'avoir cédé au "chantage" du Kremlin qui a donc obtenu son retrait. Cette application permettait en effet de choisir circonscription par circonscription le candidat qui est le mieux placé pour battre Russie Unie, celui pour lequel il faut voter, quel que soit son bord politique. C'est ce qu'Alexei Navalany appelle "vote intelligent" (qu'on traduirait en France par "vote utile"). Une stratégie lui permettrait au mieux de priver la parti présidentiel d'une vingtaine de représentants, mais cela suffit pour rendre le pouvoir quasiment hystérique. La proche d’un candidat qui avait employé l’expression dans une vidéo a même eu droit à cinq jours de prison.

Les observateurs indépendants décrivent ce scrutin comme "le moins libre" et "le moins équitable de ces vingt dernières années". Parce qu'on s'attend aussi à des fraudes massives.

Des fraudes massives ?

Dans une quinzaine de régions, la participation et le vote en faveur du pouvoir devraient dépasser les 80 %, c'est systématique à chaque élection.
Les autorités déploient par ailleurs des efforts disproportionnés pour mobiliser l’électorat jugé loyal, celui qui vote "Russie Unie", le parti de Vladimir Poutine avec des déplacements en bus, des loteries ou des ventes de nourriture à prix cassé près des bureaux de vote.
Pour l’électorat moins "sûr", tout est fait pour que le scrutin soit à peine visible : les débats télés ont été diffusés à 7 heures du matin ou 23 heures.
Quant aux webcams qui étaient présentes dans les bureaux de vote depuis 2012 pour limiter les bourrages d'urnes, elles ont été retirées. Argument invoqué : l'occident pourrait "créer et diffuser de fausses fraudes grâce à l'intelligence artificielle".

Candidats homonymes

Autre technique, qui a déjà fait ses preuves: les candidats homonymes, un phénomène qui concerne environ 10% des circonscriptions. C'est le cas à Saint-Pétersbourg où deux candidats ont modifié leur apparence et leur nom pour devenir les parfaits sosies du candidats de l'opposition. Sur les affiches, il y a trois Boris Vichievsky qui ont tous le même visage, impossible de distinguer l'original de la copie.

Ce vote est essentiel car il va servir de baromètre pour la présidentielle de 2024 – même si Vladimir Poutine n'a pas encore dit s'il se représenterait. La Constitution lui permet en tout cas de rester en place jusqu'en 2036.

Pas de surprise en tout cas pour le vainqueur : ce sera Russie Unie, le parti présidentiel. Il espère garder la majorité absolue même si sa côte de popularité n'a jamais été aussi faible. Il y a l'usure du pouvoir bien sûr, cela fait 22 ans que Vladimir Poutine dirige le pays, comme président ou Premier ministre. Mais le coronavirus a accentué les difficultés des citoyens qui depuis presque dix ans déjà subissent un recul constant de leur niveau de vie.

Vladimir Poutine en quarantaine

Le Covid a aussi bousculé l'organisation du scrutin. Pour limiter les contaminations dans les bureaux de vote, l'élection s'étend sur trois jours. 

Et vous ne verrez pas une seule photo de Vladimir Poutine sortant d'un isoloir, le président est en quarantaine. Car il y a cluster au Kremlin, plusieurs dizaines de cas, ses gardes du corps, son porte-parole... Le pays, l'un des plus touchés au monde par l'épidémie, se défie du vaccin Spoutnik V et n'arrive toujours pas à contrôler le virus : moins d'un Russe sur trois est aujourd'hui vacciné.

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