Le premier film tourné dans l'espace sera russe

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Une actrice et un réalisateur russes sont partis mardi 5 octobre pour la Station spatiale internationale (ISS) pour y tourner le premier long-métrage en orbite de l'histoire et battre la concurrence américaine, en pleine course à l'espace.

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Radio France
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L'actrice russe Ioulia Peressild (gauche), le réalisateur Klim Chipenko (droite) et le cosmonaute Anton Chkaplerov (centre) avant le décollage du vaisseau Soyouz, le 5 octobre 2021 à Baïkonour, au Kazakhstan.  (ROSCOSMOS PRESS SERVICE/HANDOUT / ANADOLU AGENCY)

La guerre de l'espace se joue aussi au cinéma ! Et pour une fois ce ne sont pas les Américains qui gagnent... Un réalisateur et une actrice russes se sont envolés mardi 5 octobre pour la Station spatiale internationale : ils vont être les premiers au monde à tourner un film en orbite. Coproduit par la principale chaîne publique russe, ce film raconte l'histoire d'une femme médecin envoyée en urgence dans l'espace pour opérer un astronaute malade dont l'état de santé ne permet pas de rentrer sur Terre.

L'actrice s'appelle Ioulia Peressild, d'habitude elle joue dans des séries télé et des longs-métrages historiques. Elle a 37 ans et a été sélectionnée parmi vingt finalistes dans un programme très médiatisé en Russie.

Pendant sa préparation, Ioulia Peressild a appris à enfiler une combinaison, à envoyer des SOS à l'aide de capteurs solaires et a passé avec succès le test de la centrifugeuse pour s'habituer à l'apesanteur. Le tout en accéléré : 4 mois seulement, quand un vrai astronaute doit lui s'entraîner dans l'anonymat total pendant plusieurs années.

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Le tournage doit durer 12 jours dans la section russe de l'ISS, une petite distraction pour les autres locataires, notamment les trois cosmonautes russes qui joueront les seconds rôles. À priori vous ne verrez pas Thomas Pesquet, qui depuis le 1er octobre est devenu le grand patron de la Station spatiale internationale... pas sûr qu'il ait le temps de s'amuser.

Quant au réalisateur, Klim Shipenko, Russe lui aussi, il se chargera tout seul de la caméra, du maquillage, du son et de la lumière... Mais l'essentiel dans cette histoire n'est ni la qualité du scénario, ni celle des images. 

Ioulia Peresild et Klim Shipenko doivent revenir sur Terre le 17 octobre, comme ils en sont partis, à bord d'un vaisseau Soyouz. 60 ans après le premier vol de Gagarine. 

Une assurance prestige

L'agence spatiale russe Roscosmos a besoin de redorer son blason après plusieurs scandales de corruption et des pannes en série. Ce vol sera sa caution prestige. Son patron, Dmitri Rogozine, un ancien vice-premier ministre réputé pour sa poigne et ses diatribes patriotiques, a même fait modifier le calendrier des vols pour être bien sûr d'être le premier à faire ce film dans l'espace... avant les Américains. 

Le titre provisoire du film est d'ailleurs Vyzov, ce qui veut dire "L'appel" ou "Le défi" en russe. Difficile de ne pas y voir un double sens. Il est coproduit par la première chaîne de télévision russe, Pervyi Kanal, et fait partie d'un projet plus large, qui inclut la production de documentaires pour faire renaître chez les Russes "l'amour et la passion" de la conquête spatiale. 

Car Dmitri Rogozine a un autre projet, encore plus ambitieux : abandonner à l'horizon 2025 l'ISS, en fin de vie, pour se doter d'une station strictement russe, à l'image de l'Union soviétique qui avait créé la sienne (Mir). Moscou et Pékin ont en outre signé un protocole d'accord pour construire une station en orbite, voire même sur la Lune, la Russie ayant décidé de claquer la porte d'un projet lunaire de Washington jugé trop américano-centré. Aucun de ces projets n'a toutefois de budget ni de calendrier précis.

Un enjeu financier

A l'heure du tourisme spatial en tout cas, c'est toujours la guerre avec les Américains. La Nasa a été la première, en 2020, à annoncer qu'elle allait tourner un film dans l'espace avec Tom Cruise et Space X, la société d'Elon Musk. Film qui devrait d'ailleurs aussi se tourner aussi en octobre. Mais les Russes qui avaient eux aussi ce projet en tête ont mis les bouchées doubles pour lui griller la priorité.

L'enjeu pour Roscosmos est aussi financier : l'an dernier l'agence a perdu le monopole des vols habités vers l'ISS, elle a du partager le marché avec SpaceX ce qui représente un énorme manque à gagner. Un siège (selon le magazine Forbes), c'est au bas mot entre 20 et 35 millions de dollars pour huit à douze jours à bord de l'ISS. Pas qu'une question de prestige donc, mais aussi d'argent.

Reste le duel final dans les salles : pour savoir qui gagnera la palme de la meilleure production cinématographique dans l'espace, rendez-vous (sur terre) en 2022.

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