L'Europe au bord de la crise énergétique

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Les prix du gaz et de l'électricité flambent en Europe.

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Radio France
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Des brûleurs à gaz sur une cuisinière. (JOHANNA LEGUERRE / AFP)

En Europe, le prix du gaz a augmenté de plus de 250% depuis janvier. Mais ça c'est une moyenne, parce que si l'on regarde pays par pays, ça donne le vertige. Au Royaume-Uni par exemple, c'est +500% et dans le sillage du gaz, l'électricité atteint elle aussi aujourd'hui des niveaux historiques.

Cela s'explique d'abord par une explosion mondiale de la demande de gaz et d'électricité, liée à la reprise économique après le Covid qui s'est produite presque partout en même temps. Ensuite, par des perturbations météo : les énergies renouvelables n'ont pas pu prendre le relais comme elles l'auraient dû. L'éolien par exemple a été très perturbé ces derniers mois, il n'y a quasiment pas eu de vent en Europe. Les producteurs ont donc du relancer des centrales à charbon ou faire fonctionner plus longtemps les centrales à gaz. Mécaniquement, ils ont émis plus de CO2, donc ils ont dû payer plus de droits d'émission, des droits qui eux aussi sont de plus en plus élevés, on est à 62 euros la tonne.

À tout cela s'ajoute le jeu pas très clair de la Russie, l’un des premiers fournisseurs de gaz en Europe. Gazprom est soupçonné d'avoir volontairement réduit ses approvisionnements de gaz qui passent par l'Ukraine pour pousser l'Allemagne à approuver plus rapidement l'entrée en service du gazoduc Nord Stream 2, qui lui passe par la mer Baltique. Une quarantaine d'eurodéputés ont demandé mi-septembre à la Commission d'enquêter sur le géant énergétique.

En bout de chaîne, les factures ont déjà augmenté

En Espagne, la facture mensuelle moyenne de gaz est passée sur un an d'une quarantaine à 108 euros. Pour limiter la casse, le gouvernement avait déjà baissé la TVA de 21% à 10% cet été. Ça n'était pas suffisant. Nouveau plan d'urgence annoncé la semaine dernière : cette fois ce sont les grandes compagnies de distribution qui sont mises à contribution. L'argent sera ponctionné dans ce qu'on appelle leurs "surprofits", des bénéfices exceptionnels liés à l'augmentation des prix. Madrid espère récupérer 2,6 milliards d’euros d’ici le printemps pour les redistribuer aux plus modestes.

Au Royaume-Uni, une augmentation de 12% est prévue dans 10 jours. Sur un an, l'inflation pour un foyer représente environ 150 euros.  Autre conséquence, cinq fournisseurs d'énergie ont déjà fait faillite, d'autres devraient suivre dans les jours qui viennent. Cette crise du gaz a aussi entraîné un déficit de fabrication du dioxyde de carbone, indispensable pour la fabrication de boissons gazeuses non alcoolisées et pour étourdir les volailles avant abattage. Le pays craint les pénuries.

En Italie, on envisage de revoir le mode de calcul des factures alors que le gouvernement craint une hausse de 40% des prix de détail de l'électricité au cours du prochain trimestre. En France, une aide "exceptionnelle" de 100 euros sera versée en décembre à presque 6 millions de personnes bénéficiaires du "chèque énergie".

Mais toutes ces mesures, c'est à peu près comme un pansement sur une jambe de bois. Elles sont ponctuelles, provisoires. En attendant un retour à la normale, puisque cette situation n'est pas censée durer, on va tous prier pour que l'hiver ne soit pas trop rigoureux. Car cette flambée des prix menace d'aggraver la précarité énergétique à travers l'UE. Une étude publiée par la Confédération européenne des syndicats estime que près de trois millions de travailleurs pauvres européens "n'auront plus les moyens" de payer cet automne et cet hiver leurs factures de chauffage.

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