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En Inde, la déchéance de nationalité pour deux millions de personnes

La planète tourne. Dans l’État de l’Assam, en Inde, le recensement de la population permet aux autorités de cibler la minorité musulmane.

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Des militants tiennent des pancartes en criant des slogans lors d\'une manifestation contre l\'exclusion des demandeurs inscrits au registre national des citoyens d\'Assam, à New Delhi, en Inde, le 5 septembre 2019.
Des militants tiennent des pancartes en criant des slogans lors d'une manifestation contre l'exclusion des demandeurs inscrits au registre national des citoyens d'Assam, à New Delhi, en Inde, le 5 septembre 2019. (MONEY SHARMA / AFP)

Deux millions de personnes déchues de leur nationalité. Peut-on se rendre compte de l’ampleur que cela représente ? Souvenons-nous du débat qui avait eu lieu chez nous au moment du projet de loi sur la déchéance de nationalité...

Nous sommes dans l’Assam, cet État du nord-est de l’Inde. La situation humanitaire et sécuritaire devient critique. Plusieurs ONG viennent d’appeler à la plus grande urgence, et la plus grande prudence. Ces deux millions de personnes pourraient être arrêtées, détenues, ou déportées, alors que la majorité d’entre elles vivent dans cette région frontalière du Bangladesh depuis des générations.

Elles n’ont évidemment nulle part où aller et des papiers officiels caducs. En fait, cette opération de recensement de la population a commencé il y a quatre ans et est en train d’aboutir. Quatre millions de personnes, sur les 33 millions de l’État, avaient d’abord été déchues, puis, à force de protestation, deux millions ont été réintégrées.

La minorité musulmane dans le viseur des hindous

Ils sont dans leur immense majorité musulmans. Il faut rappeler que l’Inde est en ce moment dirigée par un parti nationaliste hindou, qui veut redonner à cette religion sa place centrale dans l’État. Pour garder sa nationalité indienne, il faut pouvoir prouver que sa famille, ses parents, étaient installés en Assam avant le 24 mars 1971 à minuit, date de l’indépendance du Bangladesh voisin.

C’est une sorte de chasse aux migrants à rebours dans le temps : le gouvernement indien ne veut pas laisser des familles qu’il considère comme pas assez indiennes rester dans le pays. Sauf qu'une grande partie de ces familles, dont certaines ont effectivement fui le Bangladesh dans ces années-là, n’ont pas de papier officiel prouvant leur installation, leur lignée, leur histoire.

C’est une région où l’illettrisme est courant, où les différentes catastrophes naturelles ont emporté les papiers. Dans ces conditions, comment prouver que l’on était bien là à cette date ? Les Indiens ne transigent pas. Les déchus ont 120 jours pour faire appel. Au-delà, ils devront quitter l’Assam. Sans papiers et pour nulle part.

Des militants tiennent des pancartes en criant des slogans lors d\'une manifestation contre l\'exclusion des demandeurs inscrits au registre national des citoyens d\'Assam, à New Delhi, en Inde, le 5 septembre 2019.
Des militants tiennent des pancartes en criant des slogans lors d'une manifestation contre l'exclusion des demandeurs inscrits au registre national des citoyens d'Assam, à New Delhi, en Inde, le 5 septembre 2019. (MONEY SHARMA / AFP)