En Chine, le pouvoir censure les chansons des karaokés

écouter (3min)

Pour éviter toute montée de contestation, la Chine va publier une liste des chansons qui menacent  "la sécurité nationale"  et interdire leur diffusion dans les karaokés.

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Un homme chante dans un karaoké à Pékin (Chine). (GETTYIMAGES)

Les karaokés qui sont très populaires en Chine, ce n'est pas une activité de fin de soirée. Dans ce pays, les karaokés sont de véritables complexes. Avec des salles privées équipées de tablettes, d'écrans géants et de canapés confortables pour passer une bonne soirée entre amis. C'est l'un des grands divertissements des habitants.

C'est donc logiquement que le régime chinois, qui veut contrôler la pensée de ses citoyens, s'est attaqué à ce passe-temps. Il a annoncé cette semaine qu'il allait interdire dans les karaokés, à partir du 1er octobre, les chansons jugées violentes ou qui peuvent "porter atteinte à la sécurité nationale". Des mélodies ou des refrains qui incitent à la haine raciale, viole les politiques religieuses de la Chine, propage des cultes et des superstitions et prône l'obscénité, le jeu, la violence et les crimes liés à la drogue ou incitant à des crimes. Des contenus jugés "illégaux".

50 000 établissements à contrôler

Le pouvoir chinois n'a pas encore indiqué comment une chanson pouvait mettre en danger la sécurité nationale, ni quels titres étaient visés par cette future "liste noire". En revanche, un membre du ministère de la Culture, cité par l’agence de presse Chine nouvelle, a déjà prévenu que contrôler les 50 000 établissements de karaoké que compte le pays allait être "particulièrement difficile". Faire appliquer cette loi ne sera pas évident. Ce sont les patrons des karaokés qui vont devoir supprimer les chansons quand elles apparaitront dans la liste noire. Leur bibliothèque musicale comptant plus de 100 000 chansons.

Ce n'est pas la première fois que la Chine s'attaque à la musique. Le régime fait régulièrement retirer des titres des sites de streaming. Des morceaux jugés politiquement incorrects.  Quelques exemples (sans connaître les chansons, les titres suffisent à comprendre ce qui froisse le gouvernement) : I Love Taiwanese Girls  le chanteur (MC Hot dog) explique qu'il "n'aime pas les filles de Chine mais préfère les filles de Taïwan". Une distinction censurée par Pékin qui, rappelons-le, ne considère pas Taïwan comme un territoire indépendant mais faisant partie de la Chine. Depuis quelques années, le pouvoir chinois tente de prendre le contrôle de l'île. Autres titres, Beijing Hooligans ou encore "Je ne veux pas aller à l'école", paroles perçues comme "immorales".

En 2019, en pleine vague de contestation à Hong Kong, plusieurs chansons avaient aussi été retirées, car considérées comme hymnes des contestataires. Notamment Do you hear the people sing ?  (À la volonté du peuple en version française), issue de la comédie musicale Les Misérables. Un titre repris dans les manifestations anti gouvernement. C'est sûr que si on veut éviter une révolution populaire, mieux vaut supprimer les références françaises.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.