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Covid-19 : à Madagascar, on préfère la potion miracle au vaccin

Alors que la France commence à réfléchir à sa stratégie vaccinale, d'autres pays se posent beaucoup moins de questions. C'est le cas de Madagascar, pas pressé de vacciner sa population.

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Des élèves brandissent une bouteille de Covid Organics, une tisane présentée par le président malgache Andry Rajoelina comme un puissant remède contre le Covid-19, dans le centre d\'Antananarivo, le 23 avril 2020.
Des élèves brandissent une bouteille de Covid Organics, une tisane présentée par le président malgache Andry Rajoelina comme un puissant remède contre le Covid-19, dans le centre d'Antananarivo, le 23 avril 2020. (RIJASOLO / AFP)

À Madagascar, la population est extrêmement jeune : les deux-tiers des habitants ont moins de 25 ans. C'est sans doute une des explications...Le fait est que Madagascar a été relativement épargné par le Covid-19: 259 morts à ce jour. Face à ces bons chiffres, le gouvernement a décidé de ne pas solliciter le système d'aide internationale en matière de vaccin. C'est-à-dire qu'il ne s'est pas inscrit au dispositif Covax, un système de partage qui permet en théorie à une centaine de pays parmi les plus pauvres d'avoir accès à des doses.

Il avait jusqu'au 7 décembre et malgré la pression des scientifiques, il a préféré passer son tour. Aujourd'hui, les autorités tiennent ce discours : "On attend de voir l'efficacité du vaccin dans les pays qui l'utiliseront en premier", a dit la porte-parole du gouvernement. Et même si, à Madagascar, de manière générale, le taux de couverture vaccinale est très faible (il y a deux ans, le pays avait encore des malades de la polio), à ce stade, ce n'est plus du scepticisme, mais une véritable entrée en résistance ! Aucun calendrier n'est évoqué.

Une tisane à base de plantes locales

Pour se débarrasser du virus, Madagascar compte sur sa potion magique, ou tout comme. Depuis le printemps, le président Rajoelina fait la promotion du Covid Organics, tisane-miracle à base de plantes locales, Artemisia (utilisée contre le palud), Ravintsara... la composition exacte n'a pas été rendue publique.

D'abord stockée dans des jerrycans et distribuée au verre dans la rue, elle a ensuite été mise en bouteille de 33 cl, façon Coca Cola, et plus récemment conditionnée sous forme de gélules.

Pas d'étude scientifique sur l'efficacité du Covid Organics

À ce jour, aucune étude scientifique n'a prouvé l'efficacité de ce remède traditionnel, contre lequel l'OMS avait même lancé une mise en garde, mais foi de président, le Covid Organics renforce les défenses immunitaires et permet en sept ou dix jours de guérir de la maladie.

Le Covid Organics a été distribué dans plusieurs pays africains, mais six mois après les médecins Congolais ont pris leurs distances avec le remède. À Madagascar, la production a ralenti mais les stocks sont prêts au cas où. Le pays à ce stade n'a pas d'autre stratégie officielle pour venir à bout du virus.

Dans le monde, un habitant sur 4 ne sera pas vacciné

Madagascar n'a pas encore connu de deuxième vague, et malgré une légère augmentation des cas la situation reste sous contrôle. À peu près autant d'ailleurs que la communication officielle.

L'été dernier, le ministre de la santé a eu le malheur de lancer un appel à l'aide aux bailleurs de fonds du pays pour obtenir plus de matériel de protection et des respirateurs, il s'inquiétait de la flambée de l'épidémie. Il a été limogé. Les Malgaches ne seront pas les seuls à ne pas être vaccinés : dans le monde un habitant sur 4 n'aura pas accès au vaccin avant 2022, la moitié des doses potentielles pour l'an prochain ayant été réservées par les pays les plus riches.

"Médicalement, ne pas avoir accès au vaccin ne devrait pas être une catastrophe pour la population malagasy, puisqu’elle semble avoir été assez résiliente à la maladie, précise un expert en santé publique. Mais quand on voit les conséquences du Covid-19 sur le système de santé, sur les activités économiques et sociales du pays, on sait que le vaccin pourrait éviter la deuxième vague, qui risque, elle, d’être catastrophique économiquement pour l’île. Donc, en termes de santé publique, c’est aberrant de refuser un vaccin qui ne va quasiment rien coûter à un État."

Les paramédicaux mécontents

À Madagascar, les paramédicaux sont mécontents. Ils sont toujours en attente du paiement de leurs indemnités de réquisition pendant l'épidémie de Covid-19. Pendant un peu plus de sept mois, ils ont été requisitionnés par l'État pour lutter contre le virus dans tout le pays. Mais aucun des 7 265 infirmiers, infirmières et sages-femmes de l'île n'a reçu ces indemnités. Un personnel mécontent, d'autant plus qu'il a travaillé dans des conditions précaires pendant cette période. "Nous n'avions pas d'équipement de protection individuelle et on s'est mis en danger pendant six mois. L’État nous a fourni une fois en équipements lavables et ils ont été détériorés car on les nettoyait avec du chlore. Nous avons été obligés d'en acheter avec nos propres moyens", raconte Angela, infirmière dans un hôpital d'Antananarivo.Une indemnité de réquisition comprise entre 30 000 et 36 000 ariary par jour, soit 7 à 8 euros.

Des élèves brandissent une bouteille de Covid Organics, une tisane présentée par le président malgache Andry Rajoelina comme un puissant remède contre le Covid-19, dans le centre d\'Antananarivo, le 23 avril 2020.
Des élèves brandissent une bouteille de Covid Organics, une tisane présentée par le président malgache Andry Rajoelina comme un puissant remède contre le Covid-19, dans le centre d'Antananarivo, le 23 avril 2020. (RIJASOLO / AFP)