Allemagne : les premiers pas hésitants du chancelier Olaf Scholz

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La France, l'Allemagne et la Pologne se sont montrées unies mardi 8 février à Berlin pour éviter à tout prix la guerre en Ukraine. On a beaucoup évoqué à cette occasion le marathon diplomatique d'Emmanuel Macron. Beaucoup moins celui du nouveau chancelier allemand, Olaf Scholz, qui jusqu'ici s'est fait très discret.

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Radio France
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Le chancelier Olaf Scholz à l'ouverture de la réunion avec les présidents français et polonais sur la crise ukrainienne, le 8 février 2022 à Berlin. (HANNIBAL HANSCHKE / REUTERS/POOL)

Il savait que ça ne serait pas facile de prendre la suite d'Angela Merkel, mais là... Il peut difficilement faire pire. Depuis sa prise de fonction, le 8 décembre dernier, on l’entend et on le voit peu. À l'inverse d'une chancelière dont la discrétion était perçue comme un gage de sérieux, les Allemands préféraient la savoir au travail plutôt que dans les médias, vis-à-vis d'Olaf Scholz l'opinion publique développe de la défiance.
#WoIstOlaf (#OùestOlaf?) est d'ailleurs l'un des mots-clés les plus populaires sur Twitter en Allemagne (pas uniquement repris par l'opposition), avec une ribambelle d'illustrations très drôles – et très amères.

Der Spiegel décrivait la semaine dernière un chef de gouvernement "inaudible" et "presque invisible". Il "semble vouloir surpasser [Angela Merkel] dans l'art de la disparition", résume l'hebdomadaire, dans sa gestion de la crise sanitaire mais aussi sur le dossier ukrainien.

La vaccination obligatoire qu'il soutient, censée entrer en vigueur en février ou mars, n’a toujours pas été votée et semble désormais incertaine, alors que plus de 100 000 contaminations au Covid-19 sont recensées chaque jour et que le pays est touché par une pénurie de tests PCR.

Sur le plan des relations internationales, qui n'ont jamais été sa priorité et dont il n'a quasiment pas parlé pendant la campagne, Olaf Scholz est accusé de faire preuve de trop de complaisance face à Moscou et de trop peu d'engagement envers Kiev. Il s'est notamment attiré beaucoup de sarcasme en envoyant aux militaires ukrainiens 5 000 casques plutôt que des armes. L'opération s'est révélée un désastre en termes de communication, même si cette posture de ne pas fournir d'armes létales est une constante du gouvernement allemand depuis plusieurs années.

Un chancelier en pull

Cette semaine, il essaie de passer à la vitesse supérieure pour lui aussi jouer sa partition dans le ballet diplomatique actuel autour de la Russie : lundi 7 février, visite à la Maison Blanche, le lendemain soir, réception à Berlin d'Emmanuel Macron et du président polonais Duda, et la semaine prochaine (enfin) un petit tour à Moscou et à Kiev. Olaf Scholz tente de reprendre la main.
Pourtant, ce que les esprits chagrins retiendront de son voyage outre-atlantique ce n'est ni sa conférence de presse, ni son interview à CNN, mais... son look.

Dans l'avion qui l'emmenait à Washington le chancelier est en effet apparu vêtu d'un simple pull gris chiné sur un tee-shirt noir. "Et demain, il va mettre des pantoufles ?" Ça n'est pas comme ça, disent les internautes, qu'il va rétablir la crédibilité de l'Allemagne. 

Nord Stream 2, le caillou dans la chaussure

Face à Joe Biden, le chancelier socio-démocrate a surtout manqué de clarté et de fermeté à propos de Nord Stream 2, dont il n'a même pas prononcé le nom. Interrogé à trois reprises sur ce qu’il adviendrait du gazoduc en cas d’agression de l’Ukraine par la Russie, il a systématiquement botté en touche, se contentant de dire qu’une attaque "coûterait cher". Le président américain, lui, veut fermer ce gazoduc stratégique qui relie directement la Russie à l'Allemagne. Le gazoduc est déjà construit mais pas encore en fonctionnement. Il l'a redit assez fermement. Face à un Olaf Scholz visiblement gêné aux entournures.

Les deux hommes ont pourtant assuré que cette différence de ton ne traduisait aucun dissonance sur le fond. "Nous agissons ensemble, nous sommes totalement unis et nous prendrons les mêmes mesures" contre la Russie si jamais elle attaquait, a déclaré Olaf Scholz. Ajoutant qu'il ne fallait "pas mettre sur la table" d'emblée toutes les mesures de représailles possibles. De quoi entretenir l'irritation des Américains – alors qu'il avait déjà du se faire prier pour envisager cette option. 

Fin janvier, l’ambassadrice allemande aux États-Unis avait même envoyé à Berlin un télégramme alertant sur "le grave discrédit" dont souffre son pays dans la presse et au Congrès américain. L’Allemagne est trop souvent considérée comme un "partenaire non fiable", écrivait la diplomate, en particulier par les Républicains qui l’accusent de "coucher avec Poutine" pour protéger ses approvisionnements en gaz.

Cote de popularité en baisse

"Le style "Vous pouvez compter sur moi, je suis expérimenté et je sais ce que je fais" n'est certainement pas suffisant dans la pandémie et dans la crise internationale", explique à l'AFP le politologue Hajo Funke, pour qui la communication de M. Scholz a une "grosse marge de progression"Sa cote de popularité est d'ailleurs passée de 60% début janvier à 43%, la plus forte baisse pour un chancelier dans l'histoire de l'après-guerre.
Son parti, le SPD (24 %) est désormais devancé dans plusieurs sondages par les conservateurs de la CDU-CSU (entre 25 et 27 %), pourtant usés par 16 années au pouvoir et relégués dans l’opposition. "L'automate" – c'est son surnom –, va devoir faire encore pas mal d'efforts pour gagner en stature sur la scène internationale et intérieure.

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